Record de défaillances : l'AFTE rappelle la nécessité de diversifier ses financements
Points clefs :
- Nouveau record de procédures collectives en 2025, en hausse de 3,5 % sur un an ;
- Le rythme des défaillances décélère néanmoins par rapport aux années précédentes ;
- L'AFTE invite ses membres à évaluer fréquemment la solidité financière de leur entreprise et à diversifier les sources de financement.
C’est un triste record. Selon les données de la Banque de France, 68 564 entreprises ont ouvert une procédure collective en 2025, signifiant leur mise en faillite. Ce chiffre, jamais atteint, marque une hausse de 3,5 % par rapport à l'année 2024, qui avait vu le nombre de faillites s’établir à 66 233.
Les causes de ce bilan sont connues : une incertitude fiscale et budgétaire, qui freine la demande des consommateurs, une inflation difficile à répercuter dans certains secteurs, ainsi qu’une concurrence internationale exacerbée. Les exportations peu chères, en provenance de pays dont la main-d’œuvre est bon marché, ont notamment fragilisé l’industrie.
Les secteurs les plus concernés ont été le transport-entreposage, avec une hausse des défaillances de 64% par rapport à la moyenne 2010-2019, le commerce automobile (+ 43 %), l’information/ communication (+ 43 %), l’hôtellerie/restauration (+ 37 %) et les services aux entreprises (+ 30 %), souligne une étude d’AU Group sur les défaillances.
Tempérer l'alarmisme
Les microentreprises occupent l’essentiel des faillites. Les entreprises de taille intermédiaire et les grandes entreprises n’ont néanmoins pas été épargnées par la vague. La Banque de France recense ainsi 63 faillites, soit une hausse de 5 % sur un an par rapport à 2024. Des entreprises comme Star Service, qui effectue les derniers kilomètres de livraison, avec un chiffre d’affaires annuel de 265 millions d’euros, ou Atlas For Men, un vendeur de vêtements pour homme réalisant 235 millions d’euros de chiffres d’affaires, ont ouvert des procédures.
« Toutefois, réduire l’analyse à ce constat alarmant serait une erreur. Il faut ramener ce chiffre à la dynamique de création d’entreprises et retenir que des leviers existent pour transformer une situation critique en opportunité de rebond », relativise AU Group dans son étude. Plus d’1,2 million d’entreprises ont effectivement été créés en 2025. La majorité sont des microentreprises « mais le nombre global d’entreprises progresse, même en tenant compte des radiations et des liquidations », poursuit le rapport.
La situation peut également être tempérée au regard du rythme des défaillances. L’année 2025 marque effectivement une décélération dans la dynamique haussière qui jouait jusqu’ici, avec 1 % de hausse en 2022, 7 % en 2023 et 10 % en 2024. Les experts d’AU Group anticipent même un recul en 2026 avec « seulement » 65 000 défaillances, soit une baisse d’environ 3 %.
Anticiper et diversifier ses financements
La vigilance reste cependant de mise. « La croissance économique resterait atone, le soutien monétaire limité, et les risques liés à la politique budgétaire et à l’instabilité politique risquent de persister » en 2026, prévient le courtier en assurance-crédit.
Dans ce contexte, l’anticipation reste le maître mot. « Traiter les difficultés en amont, avant la crise de liquidité, est fondamental pour ne pas précipiter l’entreprise dans une spirale de difficultés », indique Lionel Gouget, senior partner à Valtus, cité dans le rapport d’AU Group. La trésorerie est à ce titre un axe essentiel mais qui, « paradoxalement, ne devient une priorité qu’en cas de tension », souligne Henry Cagnac, conseil en affacturage et assurance-crédit à AU Group.
L’AFTE recommande ainsi d’évaluer fréquemment le niveau de dette soutenable de son entreprise et de s’assurer de la capacité à payer les frais financiers tout en remboursant le principal de la dette. La gestion proactive des liquidités est essentielle afin d’assurer la stabilité financière de l'entreprise et de préparer l’avenir.
Au vu de l’environnement incertain, la diversification des financements doit également être recherchée. Au-delà des financements bancaires ou obligataires classiques, le trésorier peut recourir à des solutions de court-terme comme l’assurance-crédit, l’affacturage ou l'affacturage inversé, les financements sur stocks, la monétisation des crédits de TVA ou de Crédit Impôt Recherche (pour les entreprises éligibles) et les opérations de sale and lease back sur de l’immobilier. Il peut aussi se tourner vers des marchés comme l’USPP, le Schuldschein ou les obligations étrangères.
Le recours à la dette privée, qui implique un coût de financement plus élevé, peut également être considéré pour les entreprises solides financièrement ayant du mal à se financer par les voies traditionnelles. De façon générale, les trésoriers doivent sécuriser l'accès au crédit pour des financements de court et long terme, tout en optimisant la gestion des cash-flows.