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Les fonds total return swap : une option de placement intéressante en trésorerie

mars 2026
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Auguste Grignon Dumoulin
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Points clefs :

  • Les fonds total return swap servent une performance régulière, supérieure à l'€STR, grâce à des swaps signés avec des banques ;
  • Les rendements financiers des actifs étant reversés aux banques par le biais des swaps, les fonds ne présentent pas de risque de crédit lié aux sous-jacents. Ils impliquent cependant un risque de contrepartie bancaire ;
  • La liquidité dépend de la vente des actifs sur lesquels portent les swaps et s'établit à J+1 ;
  • Les produits ne sont pas encore cash equivalent par défaut. Certains auditeurs ont néanmoins franchi le pas après des discussions avec les entreprises.

En matière de placements, les trésoriers d’entreprise privilégient la sécurité et la liquidité. Ils ne prennent généralement pas de risques excessifs lors du placement des liquidités, ces dernières pouvant être appelées dès le lendemain. Un standard existe à ce sujet : les produits équivalents de trésorerie (dit cash equivalent), qui correspondent à des placements sans perte de valeur, monétisables rapidement et d’une maturité inférieure à trois mois.

La commission « Placements » de l’AFTE, représentée par son président Cyril Merkel et son vice-président Jonathan Galbrun, a organisé en mars une réunion pour présenter un nouveau type de fonds qui semble correspondre aux critères mentionnés : les fonds total return swap. La présentation a été assurée par Paul Lacroix, responsable des produits à Ossiam, et Thomas Benoist, sales manager à Natixis Investment Managers.

Une performance stable et sécurisée

Les fonds total return swap sont des organismes de placement collectif composés quasi intégralement de swaps. Les swaps sont des contrats, généralement conclus entre une banque et un investisseur, qui permettent de transférer la détention d’actifs financiers d'un bilan à l’autre tout en continuant à bénéficier des flux financiers qui y sont liés. Ce service se fait contre une rémunération standardisée de type €STR + spread.

L’€STR est le taux sans risque à court terme en zone euro (1,93 % à la mi-mars) et le spread constitue la prime de risque rémunérant le service. Au total, la rémunération dépasse légèrement celle d’un fonds monétaire classique.

Concrètement, dans le cas des fonds total retun swap, une banque vend donc des actifs (actions, obligations, matières premières…) à un fonds, qui les détient en propre à son bilan et reverse chaque jour leur performance (positive comme négative, d’où le nom total return) grâce aux swaps. Le fonds n’est donc pas exposé à la variation de la valorisation des actifs mais se contente de toucher régulièrement une rémunération proche du taux sans risque.

La banque s’engage sur son spread sur l’ensemble de la durée du swap, qui est généralement d’un an. Elle reste engagée jusqu’à maturité et sur l’ensemble de l’enveloppe même si les actions baissent et que l’intérêt devient moindre pour elle. Les investisseurs ne s‘exposent donc pas à des variations brutales de performance.

Risque de contrepartie bancaire

Côté risques, exit ceux liés à la valorisation des actifs. Il existe par contre un risque de contrepartie bancaire, venant de la faillite éventuelle de la banque servant le taux. Le risque est assez faible, mais pas inexistant pour autant. C’est d’ailleurs ici que réside l’intérêt de passer par un fonds plutôt qu’en direct par une banque. 

Ce dernier émet un appel d'offres à chaque fois qu’un swap arrive à sa taille maximale ou à maturité. Le fonds sélectionne alors la banque offrant le meilleur spread parmi huit grands établissements retenus au préalable en fonction de leur solidité. Ce mécanisme permet de diversifier le risque de contrepartie bancaire.

En cas de défaut d’une banque, le fonds garde la totalité des actions détenues, qui agissent comme des protections. Dans un tel scénario, le cours des actions serait très probablement revu à la baisse.

Avec des frais de gestion de 15 points de base, le fonds d’Ossiam sert une performance nette d’environ 0,30 % en euro sur un an. Il s’agit d’une performance flottante car elle dépend des appels d’offres successifs. La variation reste néanmoins marginale et les appels d'offre permettent de profiter de la meilleure offre en vigueur, et donc d’un rendement plus élevé sur la durée.

« Fonds monétaire en J+1 »

En matière de liquidité, les fonds total return swap affichent des sorties possibles en J+1. Cela signifie qu’un trésorier qui vend sa part de fonds un certain jour, verra l’argent crédité sur son compte bancaire le jour suivant. Le fonds d’Ossiam garde à ce titre une poche de liquidités, établie à environ 2,5 % de l’actif du portefeuille, afin d’honorer les appels de marge.

Ce délai est lié au règlement des actions en portefeuille. La clôture d’un swap implique de vendre les actions, qui se débouclent en J+1. Il est possible de vendre la totalité d’un swap en une journée. Le fonds négocie cela en amont avec ses partenaires, comme le fait qu’il n’y a ni frais d’entrée ni frais de sortie. On peut donc comparer ces fonds à des fonds monétaires en J+1, la société ne facturant également aucune pénalité de sortie.

En fonction des évolutions technologiques et règlementaires, la liquidité des fonds pourrait toutefois à l’avenir passer à J+0. Ce serait notamment le cas si la tokenisation, qui améliore le délai de règlement-livraison des actifs, se démocratisait d’ici à quelques années.

Cash equivalent : oui ou non ?

Actuellement, les fonds total return swap ne sont pas encore catégorisés par défaut comme des produits cash equivalent. Cette classification est importante car elle permet aux montants concernés de se soustraire à la dette nette de l’entreprise, améliorant ainsi sa présentation des états comptables. Cela s’explique probablement par l’apparition récente des produits sur le marché.

Une telle classification est cependant envisageable. Les fonds total return swap présentent un rendement régulier dépassant légèrement le taux sans risque, un risque restreint à la faillite de la contrepartie bancaire émettant le swap et une liquidité à J+1. Il est possible, au travers de discussions constructives avec ses commissaires aux comptes, de réussir à obtenir une classification en cash equivalent par transparence. Certains auditeurs des entreprises membres de l’AFTE ont déjà franchi le pas.

Cela nécessite néanmoins de bien comprendre le produit afin de pouvoir l’expliquer et d'en discuter. Le commissaire aux comptes reste évidemment juge de paix en la matière. N’hésitez pas à vous rapprocher de la commission « Placements » de l’AFTE pour toute demande de renseignement complémentaire.

L'AFTE rappelle qu'il existe d’autres fonds structurés de façon similaire à ceux d'Ossiam disponibles sur la Place. N'hésitez pas à comparer les offres pour trouver le produit qui correspond à vos besoins.

Quel est l’intérêt pour la banque ?

Une question peut intriguer à la découverte de ces produits : quel est l’intérêt de la banque dans tout ça ? Car dans les faits, cette dernière s’engage à servir un spread sur l’ensemble de la durée du swap et ce même si le cours des actions baisse, tandis que les clients peuvent sortir à tout moment sans pénalité des produits. Il semble régler une certaine asymétrie dans les intérêts.

La réponse est à chercher du côté de la règlementation bancaire. Les ratios prudentiels rendent la détention d'actifs en propre au bilan très coûteuse pour les banques. Le recours aux fonds total return swap permet alors de vendre les actifs mais de continuer à recevoir les flux qui y sont liés, libérant le capital immobilisé pour l’utiliser à d’autres fins. 

Le montant versé par la banque est une partie de l’économie en capital réalisée, qui peut en plus redistribuer la performance des actifs reçue via les swaps à ses clients et toucher une commission.

 

Cet article est tiré d’une réunion organisée en mars par la commission « Placements » de l’AFTE. D’autres éléments ont été présentés et des questions ont été posées mais tout n’est pas retranscrit. Pour ne rien manquer des sujets de trésorerie, inscrivez-vous aux prochaines réunions de l’AFTE.

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