Les défaillances d’entreprise passent la barre des 70.000 faillites : l'AFTE rappelle la nécessité de diversifier ses financements
Points clefs :
- La tendance des faillites d’entreprise ne faiblit pas, avec un nouveau record décroché en avril ;
- La raison tient cependant de moins en moins aux conséquences de la crise sanitaire mais plutôt à de nouveaux facteurs conjoncturels ;
- Ces derniers ont eu pour conséquence de dégrader les fondamentaux des entreprises ;
- Face à cette nouvelle donne, l’AFTE rappelle la nécessité de diversifier ses sources de financement.
Le temps passe mais la tendance ne faiblit pas. En avril 2026, les défaillances d’entreprise ont dépassé le seuil des 70.000 faillites cumulées sur douze mois, d’après les données publiées par la Banque de France. Il s’agit d’une première depuis la création de cette statistique. Mais si cette série noire était d’abord imputable aux conséquences de la crise sanitaire, elle s’explique désormais plutôt par une succession de chocs qui dégradent la situation financière des entreprises.
Pour rappel, les chiffres élevés des défaillances trouvent leur origine dans les mécanismes d’aides exceptionnelles accordés aux entreprises durant la crise sanitaire. S’ils ont limité la casse entre 2020 et 2022, leur retrait les années suivantes a provoqué une résurgence des défaillances qui, combiné à un effet de base, a abouti à des records. On s’attendait néanmoins à ce que l’effet de rattrapage s’estompe pour laisser place à la tendance d’avant crise. Cela n’a pas été le cas.
Dans une étude récente (1), la Banque de France partage le fait que, à fin 2025, le nombre de défaillances de petites et moyennes entreprises (hors microentreprises, qui représentent 92 % des cas de faillites) était supérieur de 68 % à sa moyenne en 2010-2019. D’autres forces sont donc à l’œuvre pour qu’un tel niveau de faillites se maintienne quasiment six ans après les premiers confinements. Ces forces se matérialisent également du côté des ETI et des grandes entreprises : alors que seulement une dizaine d’entre elles avaient évité la faillite entre 2020 et 2022, le surplus entre 2023 et 2025 s’élève déjà à une centaine.
Nouveaux facteurs conjoncturels
De fait, la raison de ces défaillances est à chercher du côté des nouvelles crises : hausse des prix de l’énergie, remontée des taux d’intérêt, relèvement des tarifs douaniers américains… La perte des débouchés et la baisse de la demande qui en résultent impactent négativement de nombreux secteurs. Celui de la sidérurgie souffre, par exemple, de la baisse de la demande des secteurs de l’automobile et de la construction, et affiche une production inférieure de 24 % à son niveau de mi-2021, renseigne la Banque de France. Il figure, avec les secteurs du commerce et de l’habillage, parmi les principaux contributeurs aux faillites d’ETI et de grandes entreprises.
Ces nouveaux facteurs conjoncturels ont eu pour conséquence de dégrader les fondamentaux des entreprises, menant les plus vulnérables vers une situation de faillite. Dans son étude, la Banque de France relève que le taux d’endettement (dette / bilan total) des entreprises en faillite est passé de 25 % en 2019 à 31 % en 2025, tandis que celui des entreprises pérennes est resté stable à 17 %. Cet accroissement de l’endettement, dans un contexte de hausse des taux et de ralentissement de l’activité, explique en partie la poursuite des faillites.
La Banque de France indique cependant que les niveaux médians de trésorerie et de taux de marge se sont améliorés entre 2019 et 2025 dans la quasi-totalité des secteurs. Mais malgré cette amélioration objective, la perception des chefs d’entreprise de leur trésorerie s’est quant à elle dégradée sur la même période. Dit autrement, les entreprises doivent disposer en 2026 d’une trésorerie et d’une rentabilité plus élevées qu’il y a quelques années pour survivre.
Une nouvelle donne appelée à se poursuivre
En définitive, le niveau élevé des défaillances s’explique de moins en moins par les répercussions de la crise sanitaire, mais davantage par des facteurs conjoncturels qui se traduisent par des niveaux d’endettement plus dégradés pour les entreprises défaillantes, et par une instabilité croissante qui oblige les entreprises à renforcer leur niveau de trésorerie et de rentabilité.
Cette situation semble d’ailleurs appelée à se poursuivre étant donné la reprise des hostilités en Iran et la seconde vague de droits de douane américains, qui doivent faire grimper le taux effectif à 12,4 % d’ici le quatrième trimestre 2026 contre un plus bas à 7,7 % en mai (2). Une lueur d’espoir brille tout de même : 84% des TPE-PME jugent leur trésorerie suffisante pour absorber le choc induit par le conflit au Moyen-Orient, renseigne le dernier baromètre semestriel de Bpifrance (3). Sous réserve cependant qu’il ne s’amplifie ni ne s’éternise.
Diversifier ses sources de financement Face à cette nouvelle donne, AFTE rappelle la nécessité de diversifier ses sources de financement. Au-delà des financements bancaires ou obligataires classiques, le trésorier peut recourir à des solutions de court-terme comme l’assurance-crédit, l’affacturage ou l'affacturage inversé, les financements sur stocks, la monétisation des crédits de TVA ou de crédit impôt recherche (pour les entreprises éligibles) et les opérations de sale and lease back sur de l’immobilier. Il peut aussi se tourner vers des marchés comme l’USPP, le Schuldschein ou les obligations étrangères. Le trésorier peut également recourir à des sources de financement à plus long terme, comme la dette privée, qui implique néanmoins un coût de financement plus élevé, ou passer par les marchés actions, qui permettent de renforcer ses fonds propres et d’alléger le poids relatif de sa dette. Il peut aussi recourir aux obligations convertibles, bien qu’elles présentent un risque de dilution, ou accéder à la cotation par le biais d’un placement privé et non d’une introduction en Bourse. Il est également recommandé, en cas de difficultés avérées, d’anticiper les bris de covenant afin d’engager les discussions en amont avec sa banque pour obtenir un accord. La matérialisation du défaut d’un covenant rend sinon une dette exigible et peut accélérer le risque de cessation de paiement. L’AFTE recommande ainsi d’évaluer fréquemment le niveau de dette soutenable de son entreprise et de s’assurer de la capacité à payer les frais financiers tout en remboursant le principal de la dette. Cette évaluation peut inclure, dès l'apparition des premiers signaux faibles, la mise en place d’un indicateur de la cessation des paiements à 13 semaines dans ses prévisions de trésorerie, société par société, sur le périmètre des activités en France. La gestion proactive des liquidités est essentielle afin d’anticiper les éventuelles difficultés et d’assurer la stabilité financière de l'entreprise. |
- « Défaillances d’entreprises : les dynamiques à l’œuvre au terme de six années atypiques », Bulletin de la Banque de France, 265/2, juillet-août 2026
- « Guerre commerciale 3.0 : un nouveau mur tarifaire durable », Allianz Trade, 22 juillet 2026
- « 83ème baromètre semestriel des TPE-PME : dans un paysage morose, les PME industrielles résistent », Bpifrance, 9 juillet 2026