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L'euro numérique de détail approche

février 2026
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Auguste Grignon Dumoulin
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Ouvert à tous

Points clefs :

  • Un vote du Parlement européen est prévu en mai 2026 pour entériner, ou non, le lancement de l’euro numérique de détail ;
  • Les Parlementaires se sont prononcés en faveur d’une version en ligne et hors ligne lors de l’examen du rapport annuel de la BCE en février 2026 ;
  • L’euro numérique est d’abord été pensé pour les consommateurs et non pour les commerçants. Il n’inclut donc pas de service différenciant à destination des entreprises pour le moment.

Cet article est tiré d’une réunion organisée conjointement par les commissions « Moyens de paiement » et « Innovations et solutions numériques ». Victor Champiot, référent monnaies numériques à Syrtals, a assuré la présentation. Une seconde réunion est prévue en mars pour plonger dans le détail du rulebook.

Le lancement d'un euro numérique de détail devient de plus en plus concret. Après l’adoption de la position du Conseil fin 2025 et le vote attendu du Parlement européen en mai 2026, l’ouverture de négociations en trilogue avec la Commission devrait prendre place au second semestre 2026 en vue de parvenir à un accord interinstitutionnel.

Le vote à venir du Parlement est donc particulièrement scruté. La Banque centrale européenne (BCE) a besoin d’un accord favorable pour que le projet voit le jour. L’examen de son rapport annuel début février a donné un avant-goût de ce qui pourrait en être le résultat. Deux amendements – sans conséquence législative – ont été adoptés en faveur de l’euro numérique de détail.

L’amendement « l’euro numérique pour renforcer la souveraineté monétaire de l’UE, réduire la fragmentation du marché des paiements de détail » a obtenu 438 voix pour, 158 contre et 44 abstentions.

L’amendement « l’euro numérique en ligne et hors ligne pour préserver l’accès universel aux paiements et une large acceptation par les commerçants dans l’UE » a recueilli 420 pour, 158 contre, 64 abstentions. 

Une majorité se dessine donc au Parlement en faveur du projet, aussi bien pour une version en ligne qu’hors ligne.

Un projet pensé d’abord pour les consommateurs

La voie semble donc être bien engagée pour l’adoption d’un euro numérique de détail prochainement. Si le calendrier suit son cours, le lancement officiel devrait arriver en 2029.

L’euro numérique a été pensé pour les consommateurs, qui sont le fer de lance de l’adoption, et non pour les entreprises, qui auront quoiqu’il arrive obligation d’interagir avec du fait du cours légal qui lui est attribué.

Il n’y a donc actuellement pas de cas d’usage différenciant pour les commerçants dans les services de base. Une plateforme d’innovation a néanmoins été ouverte par la BCE et rassemble environ 70 acteurs. Ils ont pour objectif de développer des services innovants pour l’euro numérique, comme les paiements conditionnels.

L’euro numérique de détail sera distribué par des prestataires de services de paiement, au premier rang desquels les banques. Ils pourront eux aussi proposer des services additionnels.

Dans sa version actuelle, l’euro numérique de détail serait construit sur les rails des paiements instantanés SEPA, pour des paiements en ligne et hors ligne et intègrerait une limite de détention (encore à déterminer).

Une histoire de souveraineté

Pour rappel, l’euro numérique de détail correspond à une version numérisée des espèces et des billets. Actuellement, seule la monnaie commerciale, émise par les banques commerciales, est numérisée. Jusqu’ici, la BCE n’avait pas pris la peine de numériser la monnaie centrale du fait de l’efficacité des systèmes de paiement.

Elle a néanmoins décidé d’accélérer en raison de craintes liées à la perte de souveraineté européenne sur les paiements ces dernières années. La première alerte était d’abord venue du projet Libra, lancé par Facebook en 2019, qui devait permettre aux utilisateurs de Messenger et WhatsApp d’émettre et de recevoir des paiements via les applications de messagerie.

Le constat d’une dépendance de l’Europe aux systèmes américains de paiement n’est pas non plus étranger à la mobilisation. Un rapport de la BCE mentionne que 61 % des paiements en zone euro étaient gérés par des réseaux de carte internationaux en 2022, suscitant des craintes légitimes dans un contexte de détérioration des relations internationales.

Enfin, la montée en puissance des stablecoins a été le dernier clou confortant l’institution de Francfort vis-à-vis de la nécessité d’un euro numérique de détail. Ces crypto-actifs, adossés à une devise ou un panier de devises, prennent de plus en plus d’importance dans les échanges numériques et ont le potentiel – à long terme – de s’immiscer dans l’économie européenne s'ils ne sont pas contrôlés et contrés.

Toutes ces menaces sont autant d’arguments qui ont permis à la BCE de pousser son projet.

Plus de détails ont été donnés durant la réunion de présentation, dont le support est accessible ici. Une prochaine réunion est prévue en mars pour plonger dans le détail du rulebook de l'euro numérique de détail. Connectez-vous aux prochaines réunions de l’AFTE pour ne rien manquer des sujets de trésorerie.