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Comment transmettre un métier qui ne s’apprend pas (entièrement) dans les livres ?

juin 2026
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Auguste Grignon Dumoulin
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Ouvert à tous

Points clefs : 

  • L’anticipation est la clé d’une transmission réussie : il faut la prévoir suffisamment à l’avance pour palier les aléas du quotidien et les difficultés de recrutement ;
  • Transmettre requiert de la disponibilité et de la volonté ;
  • La mise à disposition de ressources, internes comme externes, constitue aussi un facteur clé de réussite.

Cet article est tiré d'une réunion organisée fin juin par le réseau Mix.In.T, qui promeut un espace de partage pour promouvoir la diversité et l'inclusion au sein des métiers de la trésorerie et de la finance.

La trésorerie est un métier passion. Une passion qui peut s’avérer toxique lorsqu’il s’agit d’ouvrir des comptes bancaires, mais une passion quand même. Comme beaucoup de passions, arrive cependant le moment où le chemin s’arrête et l’on doit passer le flambeau. Se pose alors une question délicate : comment transmettre un métier qui ne s’apprend pas (entièrement) dans les livres ?

Un métier qui évolue

Dans beaucoup d’entreprises, toutes les procédures sont couchées sur papier ou par voie électronique, avant d’être archivées puis mises à la disposition de tous. Elles couvrent de nombreux sujets, allant de la gestion des flux de trésorerie à celle des comptes bancaires, en passant par la délégation des signatures, les procédures anti-fraude ou encore le placement des liquidités. Chacun, qu’il soit junior ou senior, peut consulter ces éléments.

« Mais les supports ont leurs limites », prévient Christophe Bourjac, directeur financier de Ponticelli. « Il faut sans cesse les mettre à jour car la trésorerie est une matière en constante évolution, notamment en raison des différentes règlementations. Cela requiert un travail de fond considérable. De plus, il existe des compétences qui n’acquièrent que sur le terrain » à l’instar des leçons apprises dans les moments de crise. « Par définition, ces choses-là ne s’anticipent pas. Lorsqu’un virement urgent tourne mal, on apprend à prendre son temps dans l’urgence », illustre-t-il.

Le directeur financier est lui-même dans une période de transition : il prépare son départ à la retraite après 33 ans de bons et loyaux services dans la société industrielle. Son dernier jour est fixé pour fin 2027. Pour bien le préparer, il estime que l’anticipation est une condition essentielle. « Prévoir son départ suffisamment à l’avance permet de faire face aux aléas du quotidien qui peuvent accaparer le professionnel, ainsi que de pallier les difficultés de recrutement, qui, on le sait, sont nombreuses», précise Christophe Bourjac. Avec seulement trois formations en France, le métier de trésorier est effectivement un métier sous tension.

Apprendre à transmettre

En vue de cette transition, un recrutement a été effectué il y a près de trois ans : Fatoumata Bah, trésorière groupe, qui disposait avant de deux années d’expérience en trésorerie. Sa montée en compétence est organisée de façon progressive au sein de l’entreprise, que ce soit par la lecture des procédures, des échanges mensuels (dont la régularité peut fluctuer selon les aléas) ou le biais de formations.

« J’ai évidemment lu les procédures. J’en ai même mis à jour ou créé de nouvelles. Mais parfois, lorsque les procédures ne disent pas tout, c’est l’expérience qui prend le relais. Il est alors important d’avoir quelqu’un à qui l’on peut s’adresser et qui est disponible pour répondre à nos questions. Il faut aussi chercher à comprendre ce que fait son supérieur afin de pouvoir le reproduire », détaille Fatoumata Bah, en ajoutant aussi se rapprocher d’autres personnes enthousiastes à l’idée de partager leurs connaissances.

Néanmoins, s’il est attendu du junior qu’il montre une certaine proactivité pour apprendre et maîtriser le métier, la balle n’est pas seulement dans son camp. « Pour tout avouer, je ne suis pas vraiment du genre patient. Mais il faut intégrer que ce qui est évident pour quelqu’un avec 33 ans d’expérience ne l’est pas forcément pour un jeune de 30 ans. Il faut donc savoir se remettre en question et apprendre à transmettre », partage Christophe Bourjac. Certains profils, qui peuvent avoir tendance à penser que le bateau coulera avec leur départ, peuvent néanmoins compliquer la tâche. « Dans ces cas, c’est la direction générale qui intervient », pointe le directeur financier.

Des compétences humaines

En dehors des connaissances techniques que nécessite le métier, il existe d’autres compétences, tout aussi importantes, à acquérir : on parle de savoir-être, plutôt que de savoir-faire. Au premier rang d’entre elles, on retrouve la rigueur. « La rigueur peut être innée ou bien s’apprendre », assure Christophe Bourjac. Et le métier de trésorier en est chargé : rigueur dans l’analyse, rigueur dans l’application des procédures, rigueur dans la tenue des horaires… Savoir gérer le stress, être doté d’une bonne capacité d’adaptation et avoir le sens de la négociation sont également des compétences intéressantes pour un trésorier.

En définitive, transmettre le métier de trésorier nécessite plusieurs éléments : de l’anticipation, de la disponibilité, ainsi que la mise à disposition de ressources, internes comme externes. Le professionnel senior comme le junior doivent être impliqués dans le processus pour en faire une réussite, en sachant que tout ne s’apprend pas dans les livres. « Je dirai que 40 % de mes connaissances proviennent des procédures, quand 60 % sont issus de mon expérience sur le terrain, de rencontres ou de formations », a ainsi conclu Fatoumata Bah.

Cet article est tiré d'une réunion organisée fin juin par le réseau Mix.In.T, qui promeut un espace de partage pour promouvoir la diversité et l'inclusion au sein des métiers de la trésorerie et de la finance. Pour ne rien manquer des sujets de trésorerie, inscrivez-vous aux prochains évènements.