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Prix mémoire - 2e prix l AdÚle Lalande, Armelle Miskdjian & Farid Amari

madleen.patry@afte.com
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Publié le : 02/12/2025
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59s

Résumé de la vidéo

đŸ„ˆAdĂšle Lalande, Armelle Miskdjian & Farid Amari - Programme Grande Ecole - Msc Sustainable Asset Management - Grenoble Ecole de Management

"L'impact des sanctions économiques européennes, mises en place en réponse à la guerre en Ukraine, sur les entreprises européennes présentes en Russie"

Ce mĂ©moire analyse l’impact des sanctions Ă©conomiques europĂ©ennes et internationales, imposĂ©es en rĂ©ponse Ă  la guerre en Ukraine, sur les entreprises europĂ©ennes implantĂ©es en Russie. L’objectif est double : Ă©valuer les consĂ©quences financiĂšres de ces mesures sur un Ă©chantillon de cinquante entreprises europĂ©ennes et comprendre les logiques stratĂ©giques qui ont guidĂ© leurs choix face Ă  un environnement gĂ©opolitique brutalement transformĂ©.

La recherche s’appuie sur une mĂ©thodologie mixte : une approche qualitative avec le modĂšle de Sonnenfeld, permettant de classer les entreprises selon leur niveau de dĂ©sengagement (du retrait total au maintien intĂ©gral), et une analyse quantitative reposant sur une event study ainsi que sur l’étude d’indicateurs financiers (ROE, ROA, EBITDA, capitalisation). Les rĂ©sultats rĂ©vĂšlent une forte hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des rĂ©ponses. Si certaines entreprises, comme Renault, ont choisi un retrait complet du marchĂ© russe, la majoritĂ© a optĂ© pour des stratĂ©gies intermĂ©diaires – suspension, rĂ©duction progressive des opĂ©rations ou gel des investissements. Une minoritĂ©, Ă  l’image d’Auchan et Leroy Merlin, a maintenu ses activitĂ©s, invoquant la responsabilitĂ© sociale envers les salariĂ©s et la continuitĂ© des services essentiels, au prix d’une forte controverse rĂ©putationnelle.

L’analyse financiĂšre montre que les rĂ©actions modĂ©rĂ©es ont Ă©tĂ© les mieux accueillies par les marchĂ©s : les entreprises ayant rĂ©duit ou suspendu leurs activitĂ©s ont enregistrĂ© des rendements boursiers positifs Ă  court terme, jusqu’à +32,7 %. En revanche, les dĂ©cisions extrĂȘmes – retrait immĂ©diat ou maintien intĂ©gral – ont souvent Ă©tĂ© sanctionnĂ©es par les investisseurs, avec des pertes pouvant atteindre −42,6 %. À moyen terme, les firmes ayant adoptĂ© des stratĂ©gies progressives ont mieux prĂ©servĂ© leur rentabilitĂ© et leur image.

La comparaison avec les entreprises amĂ©ricaines met en lumiĂšre des divergences structurelles. Aux États-Unis, la pression des marchĂ©s financiers, des investisseurs institutionnels et des rĂ©gulateurs a conduit Ă  des retraits rapides et homogĂšnes. En Europe, les modĂšles de gouvernance (familiale, mutualiste ou publique) et l’ancrage territorial ont favorisĂ© des rĂ©ponses plus nuancĂ©es, mais aussi plus lentes, complexifiant la gestion des risques rĂ©putationnels et juridiques.

Ce travail souligne que les sanctions, bien qu’ayant un objectif politique, entraĂźnent des coĂ»ts Ă©conomiques diffĂ©renciĂ©s selon l’exposition au marchĂ© russe et la capacitĂ© d’adaptation des entreprises. Il met Ă©galement en Ă©vidence un paradoxe : lĂ  oĂč la fermetĂ© politique vise Ă  isoler la Russie, les entreprises europĂ©ennes supportent une part importante des coĂ»ts, avec des risques accrus en termes de rentabilitĂ©, d’image et de sĂ©curitĂ© juridique.

En conclusion, l’étude dĂ©montre que la gestion stratĂ©gique des sanctions ne peut se limiter Ă  une logique de conformitĂ© rĂ©glementaire. Elle suppose une anticipation des risques gĂ©opolitiques, une diversification des marchĂ©s et une gouvernance capable d’arbitrer entre impĂ©ratifs financiers, pressions politiques et attentes sociĂ©tales. Ce mĂ©moire ouvre enfin des pistes de rĂ©flexion sur la rĂ©silience des entreprises europĂ©ennes face Ă  des crises internationales de plus en plus frĂ©quentes et multidimensionnelles.