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Les stablecoins nécessitent une analyse de risques d'un nouveau genre

juin 2026
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Auguste Grignon Dumoulin
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Ouvert à tous

Paris Europlace organisait mercredi 17 juin une conférence sur les registres distribués, dont la blockchain est la forme la plus connue. Fabricio Bezerra (en photo), vice-président de la commission « Innovations et solutions numériques » de l’AFTE, participait au premier panel sur le thème « Stablecoins, dépôts tokénisés et fonds : quels impacts pour les entreprises ? ».

La tokenisation consiste à représenter des actifs traditionnels sur la blockchain afin de profiter des propriétés de la technologie (transfert 24/7, diminution du nombre d'intermédiaires, transparence accrue) pour réaliser des transactions. Longtemps circonscrite au marché des crypto-actifs, la technologie s’en émancipe et intéresse désormais les entreprises, qui y voient la possibilité d’améliorer certaines opérations, allant de la gestion de trésorerie à l’émission de titres en passant par la gestion du collatéral. Elles utiliseraient pour cela des jetons stables (stablecoins) ou des dépôts tokenisés, qui sont deux instruments de règlement dans l’espace tokenisé.

En trésorerie, l’AFTE a déjà identifié les cas d’usage de ces nouveaux outils : gestion de trésorerie optimisée entre les différentes filiales d’un groupe, amélioration des paiements transfrontaliers vers des tiers, accès à une nouvelle forme de liquidité dans certaines devises. L’objectif n’est cependant pas, pour le moment, de remplacer tous les processus existants, qui fonctionnent généralement de façon efficace, mais plutôt de cibler des usages vers des juridictions présentant des frictions.

« Nous cherchons par exemple à échapper aux contraintes horaires bancaires dans certains pays ou à accéder à des sources alternatives de devises dans d’autres », a indiqué Fabricio Bezerra durant le panel. Le tout doit néanmoins prendre place dans le respect des cadres légaux en vigueur, ce qui peut parfois restreindre les bénéfices de la technologie.

Une fois les cas d’usage identifiés, se pose la question de la sélection du partenaire sur lequel s’appuyer pour utiliser ces nouveaux outils. Plusieurs risques entent alors en compte, comme celui de contrepartie, bien connu des trésoriers, ainsi que d’autres plus spécifiques à la technologie, comme le risque de décrochage, la composition des réserves et l’établissement dans lequel elles sont placées. « Il est nécessaire de promouvoir la culture de cette nouvelle analyse, qui n’est pas encore ancrée dans les habitudes des entreprises », a souligné le vice-président de la commission « Innovations et solutions numériques ». Le dossier de l'AFTE disponible ci-dessous répertorie tous ces risques.

Au-delà de l’acculturation, d’autres éléments sont nécessaires pour observer une adoption plus large de ces nouveaux instruments : l’atteinte d’une masse critique, une liquidité suffisante et une interopérabilité entre les différentes plateformes ou établissements bancaires. Les deux premiers sont des conditions sine qua none pour une utilisation large des jetons, tandis que le dernier doit permettre de recycler les jetons (en évitant d’avoir à les vendre et les racheter après chaque utilisation) afin de profiter pleinement des avantages de la technologie.

Une vision a néanmoins émergé durant le panel : celle d’un monde où les cas d’usage diffèreraient entre jetons stables et dépôts tokenisés. Les dépôts tokenisés étant inscrits au bilan d’une banque, ils seraient tout indiqué pour des opérations de trésorerie internes au sein d’un même groupe. Les jetons stables, de leur côté, pourraient profiter de leur facilité d’accès (ils ne nécessitent « que » la mise en place d’un wallet pour en recevoir) pour émettre et encaisser des virements transfrontières. L’AFTE note cependant que, dans le cas de chaque outil, l’interopérabilité reste un besoin crucial afin d’utiliser la technologie à son plein potentiel.

Le sujet n’en est toutefois pas encore là. Si les entreprises s’y intéressent fortement, elles sont encore très peu à émettre et recevoir des transactions sur la blockchain. « Malgré quelques frictions, les systèmes traditionnels restent performants et ne nécessitent pas un changement complet. D’autant que la conduite du changement sera dure à mener en interne étant donné qu’elle affectera de nombreuses équipes comme la conformité ou le back-office, qui devra apprendre à gérer des portefeuilles chauds ou froids (hot et cold wallet). Nous devons donc être prêt au cas où la technologie devenait utilisable à l’échelle, même si, pour le moment, nous avons l’impression de construire des rails pour un train qui n’est pas encore parti », a conclu Fabricio Bezerra.

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