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Quelles différences entre les stablecoins, les dépôts tokenisés et les monnaies numériques de banque centrale ?

mars 2026
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Auguste Grignon Dumoulin
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Ouvert à tous

Le Treasury Innovation Day 2026, organisé par la commission « Innovations et solutions numériques » de l’AFTE, a mis la tokenisation à l’honneur. Les stablecoins ont occupé une part importante des échanges. D’autres formes de monnaie tokenisée existent néanmoins et peuvent créer un flou pour les trésoriers. L’AFTE fait le point sur les définitions et les spécificités de chacune.

Stablecoins

Il s’agit d’un jeton émis sur une blockchain visant la parité avec une monnaie officielle. Cette parité est garantie par une réserve d’actifs, constituée de cash ou d’instruments financiers très liquides et à faible risque (obligations souveraines, fonds monétaires, repo…).

Les stablecoins sont encadrés par le règlement Markets in Crypto-Asset (MiCA, 23/1114), entré en vigueur en 2024, qui impose des exigences aux émetteurs de stablecoins. On peut citer :

  • L’obligation d’être un établissement de monnaie électronique, supervisé par les autorités règlementaires ;
  • Les réserves doivent être composées à au moins 100 % de cash ou d’actifs cash equivalent (dépôts dans des banques règlementées ou dette souveraine de première qualité). Les émetteurs doivent placer 30 % des fonds reçus sur un compte bancaire ségrégué en espèces, et au moins 60% si le jeton est considéré comme significatif ;
  • Il est interdit de rétribuer leur détention, quelle que soit la devise ;
  • Un audit indépendant sur la réserve d’actifs doit être conduit tous les six mois ;
  • Les utilisateurs disposent d’une priorité sur leurs demandes de remboursement.

Aux Etats-Unis, ils sont encadrés par la règlementation Guiding and Establishing National Innovation for U.S. Stablecoins Act (GENIUS Act, S. 394). Les exigences sont sensiblement les mêmes qu’en Europe, avec toutefois quelques différences : 

  • La supervision des émetteurs peut se faire au niveau des Etats ou au niveau fédéral. En Europe, des discussions sont en cours pour potentiellement transférer la supervision des émetteurs au niveau européen afin d’harmoniser les pratiques des régulateurs ;
  • A la différence des émetteurs européens, les émetteurs américains ne doivent pas déposer 30 % à 60 % de leurs réserves en cash sur des comptes bancaires. Cela garantit une liquidité minimale moins élevée mais rend les émetteurs plus compétitifs grâce aux profits dégagés par les possibilités d’arbitrage ;
  • La transparence sur la réserve d’actifs est assurée par rapport mensuel aux Etats-Unis (sauf pour les grands émetteurs) ;
  • Les stablecoins algorithmiques sont bannis jusqu’en 2027 aux Etats-Unis.

Dépôts tokenisés

Il s’agit de la représentation sur une blockchain des dépôts des clients d’une institution financière. Ils sont émis principalement par des banques et sont donc garantis par les dépôts bancaires, et non par une réserve d’actifs comme pour les stablecoins.

Les dépôts tokenisés émis par des banques sont couverts par le droit bancaire lorsqu’ils sont inscrits dans le compte de la banque. Ils bénéficient à ce titre de la garantie des dépôts. Ils fonctionnent cependant la plupart du temps en architecture fermée pour des raisons de conformité.

Monnaie numérique de banque centrale (version de détail)

La numérisation des économies a conduit à un recul de l’utilisation des espèces (pièces et billets). Or, ces moyens de paiement sont les seules formes de monnaie à bénéficier de la garantie de la banque centrale (car ils sont émis directement par elle), qui est la plus forte. Les euros sur nos comptes en banque sont en effet émis et garantis par les banques commerciales. Il s’agit d’une garantie très forte, les banques européennes étant très solides, mais légèrement moins que celle d’une banque centrale.

L’objectif d’une monnaie numérique de banque centrale est donc de numériser la monnaie centrale et ses garanties. Elle sera distribuée par les banques commerciales mais profitera des garanties de la banque centrale. Elle n'apporte cependant pas de cas d'usage innovant pour les entreprises car elle est d'abord pensée dans l'intérêt des consommateurs. Une plateforme d'innovations a été mise en place pour adresser ce point.

La monnaie numérique de banque centrale, dans sa version de détail, ne circulera pas sur une blockchain, du moins dans sa première version. Elle fonctionnera sur une architecture traditionnelle centralisée, qui pourrait basculer à plus long terme sur une blockchain. Son lancement, s’il est confirmé par le Parlement européen en mai 2026, est prévu pour 2029.

Monnaie numérique de banque centrale (version de gros)

Il s’agit d’une version de la monnaie centrale émise sur la blockchain. Elle sera seulement accessible aux institutions financières afin qu’elles puissent réaliser des transactions sur des actifs tokenisés.

Le lancement d’un projet pilote dans la zone euro est prévu au troisième trimestre 2026.

Cas d’usage

Les stablecoins, les dépôts tokenisés et la monnaie numérique de banque centrale de gros sont tous émis sur une blockchain. Ils cherchent à profiter des avantages offerts par la technologie, principalement en matière de paiements internationaux et d’investissement dans des actifs tokenisés. On peut citer :

  • Réduction des délais de transaction grâce au règlement-livraison quasi immédiat, réduction des intermédiaires ;
  • disponibilité 24/7 des transactions et des actifs : s’affranchir des contraintes horaires des banques, optimisation du cash pooling, effectuer des paiements de gros montant à n’importe quel moment de la journée et de la semaine, placer à tout moment ses excédents de liquidité ;
  • paiements programmables : intégrer des informations enrichies dans les paiements afin de faciliter les réconciliations comptables ;
  • transparence et liquidité accrue.

Dans les faits, il existe cependant des contraintes règlementaires locales qui freinent l’adoption par les entreprises. Dans le cas des paiements transfrontaliers par exemple, toutes les juridictions n’ont pas encore de cadre juridique légiférant sur l’utilisation des stablecoins. Or, les stablecoins ne sont qu’un outil au service du transfert des liquidités, qui n’exemptent pas des obligations légales locales. Les flux restent soumis au contrôle des capitaux imposés par les autorités. Cela empêche donc de les utiliser pour certaines opérations de trésorerie pour le moment.

Du côté des dépôts tokenisés, les banques fonctionnent actuellement en architecture fermée pour des raisons de conformité. Elles disposent néanmoins de la capacité technologique pour fonctionner en architecture ouverte.

Toutes ces solutions vont être concurrencées par l’arrivée d’une MNBC de gros, qui sera rendue disponible aux entreprises par l’intermédiaire de leur banque pour réaliser des transactions sur des actifs tokenisés. S’agissant de l’actif le plus sûr qui soit, il pourrait éclipser les autres formes de monnaie tokenisée.

Le marché est donc encore en phase de structuration. Un consortium de banques européennes doit lancer un stablecoin en euro d’ici la fin 2026, offrant une première brique interopérable au sein de la zone euro. Il reste à voir comment les règlementations et les solutions évolueront par la suite pour favoriser une utilisation internationale.