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Les jetons stables comme outil de gestion de trésorerie, à condition de respecter les cadres légaux

avril 2026
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AFTE
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Ouvert à tous

L'AFTE, l'Association française des trésoriers d'entreprise, est la principale association professionnelle française regroupant les trésoriers d'entreprise et les professionnels de la finance. Fondée en 1976, elle rassemble plus de 1.700 membres issus de plus de 1.000 entreprises, allant des grandes multinationales aux PME, dans tous les secteurs. Sa mission est de promouvoir l'excellence en matière de trésorerie, de financement et de gestion des risques financiers, de favoriser l'échange de bonnes pratiques et de représenter les intérêts de ses membres aux niveaux national et européen.

Attentive aux évolutions technologiques, l’AFTE suit avec attention le développement des jetons stables (stablecoins, en anglais), instruments numériques circulant sur des chaînes de blocs (blockchain) et adossés à une monnaie officielle. Ces jetons peuvent permettre des paiements plus rapides, plus transparents et potentiellement moins coûteux, en s’appuyant sur les propriétés de la technologie. À ce titre, ils peuvent constituer, sous certaines conditions, des outils complémentaires en trésorerie d’entreprise.

En 2025, la capitalisation totale du marché a dépassé les 300 milliards de dollars, contre seulement 20 milliards cinq ans auparavant. Cette dynamique devrait se poursuivre, dans un contexte où de grandes banques et des acteurs fintechs proposent désormais des services sur ces instruments à destination des entreprises, notamment pour les paiements intra-groupes et, plus largement, pour les paiements transfrontaliers, qui demeurent marqués par des frictions opérationnelles (1).

L’AFTE identifie plusieurs cas d’usage potentiels des jetons stables pour les fonctions de trésorerie :

  • Règlement des transactions sur actifs tokenisés : les jetons stables pourraient devenir un instrument de règlement de référence pour les marchés financiers tokenisés, dont le développement progresse tant aux États-Unis qu’en Europe. En trésorerie, les premiers actifs concernés pourraient être notamment les OPCVM monétaires et les titres de créance négociables (NEU CP) sous forme tokenisée.
  • Optimisation des transferts transfrontaliers : disponibles 24h/24 et 7j/7, les jetons stables peuvent s’affranchir des contraintes horaires bancaires, sont nativement programmables et susceptibles de réduire le nombre d’intermédiaires. Ils peuvent ainsi améliorer l’efficacité des paiements internationaux et faciliter une gestion plus optimisée des liquidités entre les centres mondiaux d’un groupe.
  • Protection contre la volatilité dans certains pays : dans des juridictions caractérisées par une forte volatilité de la devise locale et/ou des contraintes de convertibilité, les jetons stables peuvent permettre aux filiales et aux sociétés locales d’indexer leurs liquidités sur une monnaie comme l’euro ou le dollar, afin d’en préserver la valeur.

L’AFTE insiste cependant sur le fait que les jetons stables sont seulement des outils au service du transfert des liquidités. Ils n’exemptent en aucun cas du respect des réglementations locales, quelles que soient les juridictions concernées. La conformité est une condition indispensable à l’adoption par les entreprises. Les diligences habituelles portant sur l’intégrité, la solidité et la fiabilité des prestataires de service doivent aussi être appliquées.

L’AFTE rappelle également que, malgré leur dénomination évoquant la stabilité, cette dernière n’est en rien acquise et dépend des actifs mis en réserve par l’émetteur lors de la création de nouveaux jetons. Les trésoriers conscients des risques doivent donc, conformément au règlement européen sur les marchés d’actifs numériques (MiCA), se tourner vers les jetons dont les réserves sont composées de 100% de monnaie ou d’actifs cash equivalent et déposées dans des établissements règlementés, et qui sont émis par des contreparties financières régulées et transparentes.

D’autres risques doivent être pris en compte : risque de contrepartie bancaire, financement de la dette américaine, risque de change (selon le jeton stable utilisé) … Ils doivent tous être compris et maîtrisés par le trésorier, qui peut se référer au dossier publié par l’AFTE listant les différents risques.

Les entreprises françaises et européennes sont également invitées à prêter une attention particulière aux enjeux de souveraineté monétaire et financière. Aujourd’hui, 98 % du marché des jetons stables est libellé en dollar, marginalisant l’euro dans les transactions sur actifs numériques. L’Europe dispose déjà de systèmes de paiement efficaces, qui limitent le recours aux jetons stables dans la plupart des cas. Lorsque le recours est néanmoins envisagé pour des cas d’usage spécifiques, l’AFTE recommande de privilégier des solutions européennes libellées en euro.

D’autre part, l’AFTE souligne que l’euro numérique de gros et les dépôts tokenisés peuvent également servir d’instruments de règlement pour les transactions sur les actifs tokenisés. L’AFTE n’entend pas privilégier une solution plutôt qu’une autre ; elle soutient toutes les initiatives qui cherchent à répondre aux besoins des entreprises, lesquelles se tourneront vers les solutions les plus adaptées à leur situation. L’Association souligne cependant le besoin d’interopérabilité entre les différentes solutions numériques, condition sine qua none à l’adoption et la réalisation d’effets de réseaux.

Comme indiqué plus haut, l’AFTE considère que les bénéfices potentiels des jetons stables pour les entreprises se concentrent principalement sur le règlement des transactions sur actifs tokenisés et les paiements transfrontaliers, compte tenu de l’efficacité des systèmes de paiement de détail en Europe et des règlementations en vigueur à travers les différentes juridictions.

L’association rappelle enfin aux trésoriers le principe de vigilance : la recherche de performance potentielle ne doit jamais primer sur la sécurité et la liquidité dans la gestion de trésorerie.

(1) : D’après le Conseil de stabilité financière (FSB), seulement un paiement transfrontalier sur deux en moyenne était crédité sur le compte bénéficiaire en moins d’une heure en 2024. Il existe d’importantes disparités entre les différentes régions du monde, avec 24,7% des paiements atteignant le bénéficiaire final en une heure en Afrique, environ 30% en Asie-Pacifique, 40% en Amérique latine, contre 70% à 80% pour l’Europe et l’Amérique du Nord.