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ISO 20022 : une mise en conformité nécessaire pour garantir la continuité des paiements

avril 2026
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Auguste Grignon Dumoulin
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Ouvert à tous

Points clefs :

  • La norme ISO 20022 entre en vigueur en novembre 2026 et empêchera l’utilisation d’adresses « non-structurées » dans l’espace interbancaire ;
  • L’obligation retombera sur les entreprises, les banques ayant déjà annoncé ne pas traiter leurs fichiers de paiement utilisant ces adresses ;
  • Les entreprises doivent donc plancher sur la mise à jour de leurs systèmes, pour ne pas voir leurs paiements être rejetés une fois la date butoir dépassée ;
  • Le trésorier, bien qu'il ne soit pas directement responsable de l’enrichissement des fichiers, doit évangéliser ses services comptabilité et informatique afin d'assurer la bonne exécution des paiements, dont il est responsable.

L’échéance approche. A partir du 14 novembre 2026, les banques ne pourront plus traiter les demandes de paiement non-conformes à la norme ISO 20022 dans leurs échanges interbancaires. En clair, les messages formatés dans des adresses « non-structurées » seront rejetés et seuls les paiements vers des adresses « hybride » et « structurée » seront admis (détails dans l’encadré en bas).

Cette exigence est d’abord destinée aux banques mais il est attendu qu’elle se répercute immédiatement sur les entreprises. Les demandes qu’elles transmettent à leurs partenaires bancaires sont en effet redirigées dans l’espace interbancaire. Elles tombent à ce titre sous le coup de cette norme et devront donc respecter les nouveaux formats. Cela concerne aussi bien les virements SEPA, que les paiements instantanés, les virements de trésorerie ou les virements internationaux.

Or, le format « non-structuré » représente encore la majorité des messages à l’heure actuelle. Les banques, en particulier, tirent la sonnette d’alarme. « Dans le cas du format XML, qui gère globalement la complétude des adresses « hybride » et « structurée », seulement 2 % de nos clients utilisent aujourd’hui une adresse conforme », indique Véronique Ledunois, responsable flux bancaires et cash management à Groupe BPCE.

A six mois de la date butoir, cette situation fait craindre un fort taux de rejet ou, à minima, des délais de paiement rallongés. « Une fois l’échéance dépassée, nous redoutons d’être confrontés à une multitude de rejets interbancaires si les clients ne renseignent pas les adresses conformes ou si les logiciels ne sont pas mis à jour. Nous ne pourrons pas enrichir toutes les adresses par nous-même », confirme Véronique Ledunois. Ce constat est partagé par toutes les banques de la Place, que ce soit Groupe Crédit Agricole, CIC, SG ou BNP Paribas.

Le rôle du trésorier

Face à cela, les banques et les cabinets de conseil insistent sur le rôle que peut jouer le trésorier au sein de son organisation. « Il est en mesure de partager les informations et d’alerter sur les conséquences de l'inaction », affirme Brice Allignon, partner au cabinet de conseil Utsit. La difficulté tient cependant au fait que cette migration se trouve à la croisée de différents services : trésorerie, comptabilité et informatique.

« Le trésorier n’est pas directement responsable de l’enrichissement des messages de paiement. Mais il reste responsable de leur bonne exécution, qui passera bientôt par une qualité minimale des données. Il a donc intérêt à évangéliser sa comptabilité et son service informatique pour que le fichier qui sorte en bout de chaine soit conforme à la règlementation et ne se retrouve pas bloqué », insiste Benjamin Hort, manager cash management et paiements au cabinet de conseil Fincley.

D’autant que la structuration des adresses apporte de nombreux bénéfices : l’enrichissement des paiements avec des informations utiles facilite le rapprochement comptable chez les fournisseurs, améliore la traçabilité, et in fine, fluidifie la relation commerciale. Toutes les entreprises ont donc intérêt à s’y mettre pour créer une boucle vertueuse.

De façon générale, les grandes entreprises, qui ont parfois des dizaines d’ERP répartis dans des filiales à travers le monde entier, se sont déjà emparées du sujet. Les craintes concernent plutôt les entreprises aux effectifs plus réduits, qui n’ont pas encore pris pleinement connaissance de la norme et de ses conséquences. « Je pressens que beaucoup d’entreprises ont lancé les travaux et sont en train de les finaliser. Nous devrions observer une mise en conformité arrivant de façon exponentielle, vers la fin de la période autorisée, estime Brice Allignon. Mais ce qui est sûr, c’est que beaucoup découvrent encore le sujet. »

C’est pour alerter sur les enjeux, les risques et les impacts de la norme ISO 20022 sur votre organisation que la commission « Cash management international » de l’AFTE organise une réunion d’information à destination des adhérents le mercredi 20 mai 2026 à 12h00. Brice Allignon assurera la présentation. Un temps de questions-réponses sera compris.

 

Détails sur les adresses

La norme ISO 20022 intervient en novembre 2026 et structure les messages de paiement afin de les rendre plus facilement contrôlables et interopérables. Concrètement, le format SWIFT FIN (message MTxxx), utilisé pour les messages de paiement et de reporting, sera abandonné pour laisser place au nouveau format ISO 20022 (XML pain). On trouve trois structures d’adresse, qui ont chacune une échéance différente :

  • Non structurée : chaque ligne du message est remplie librement avec un élément de l’adresse du destinataire. Cette forme est autorisée dans l'espace interbancaire (CBPR+ et les SCTxxx) jusqu'en novembre 2026 ;
  • Structurée : des balises précisent à quel élément d’adresse correspond chaque ligne du message. On retrouve des balises telles que <StrtNm> pour Street Name, <BldgNb> pour Building Number, <TwnNm> pour Town Name ou encore <Ctry> pour Country. Les balises non structurées <AdrLine> sont interdites. Ce format est admis dans l’espace interbancaire depuis 2023.

L’objectif est de tendre vers le format structuré, qui permet des contrôles efficaces grâce à la granularité dans la gestion des adresses. Toutefois, certains systèmes n’offrent pas une telle granularité. Il a donc fallu développer un format intermédiaire, qui intègre les éléments indispensables (comme la ville et le pays), ainsi que des éléments complémentaires (numéro et nom de rue). C’est la structure dite « hybride ».

  • Hybride : les éléments indispensables pour les règlements internationaux seront la ville et le pays, et selon les territoires vers lesquels sont faits les paiements, le code postal et l'Etat. Le complément (nom de rue, étage…) sera dans des balises non structurées <AdrLine>. Le format est admis depuis novembre 2025.

A partir de novembre 2026, ce sera donc la fin de l'utilisation des adresses non structurées dans l'espace interbancaire et très vraisemblablement entre les entreprises et leurs banques.