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Euro numérique, stablecoins, dépôts bancaires tokenisés : l’AFTE se montre attentive à l’évolution des moyens de paiement

juillet 2026
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AFTE
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Ouvert à tous

Points clefs :

  • Le Parlement européen a validé le projet d’un euro numérique de détail, ouvrant la voie aux négociations avec le Conseil européen ;
  • Des points d’attention existent côté entreprises sur les contours du projet, notamment sur les frais et les données ;
  • Les entreprises sont également attentives à l’émergence de nouveaux moyens de paiement circulant sur des registres distribués, comme l’euro numérique de gros, les stablecoins ou les dépôts bancaires tokenisés ;
  • Elles plaident pour que soit pris en compte l’interopérabilité des solutions ainsi qu’une approche au niveau européen.

Le 9 juillet 2026, le Parlement européen a adopté en session plénière le projet de lancement d’un euro numérique de détail. Deux semaines plus tôt, c’était le comité des affaires économiques et monétaires du Parlement qui donnait son feu vert. Ces votes positifs ouvrent la voie aux négociations entre le Parlement et le Conseil européen à partir de septembre, un accord final étant recherché d’ici la fin de l’année.

L’accord du Parlement étant donné, l’euro numérique doit voir le jour à l’horizon de 2029. Émergera alors un nouveau moyen de paiement, utilisable en point de vente et transférable entre particuliers. Son objectif sera de numériser les pièces et les billets, dont l’utilisation décroît depuis plusieurs années en raison de la digitalisation des habitudes de paiement.

Malgré une baisse tendancielle, les espèces représentaient encore la forme de paiement la plus utilisée dans les points de vente physiques de la zone euro en 2024. Les citoyens s’y déclarent attachés pour des raisons de confidentialité et son rôle comme instrument de paiement en cas d’indisponibilité des réseaux. La baisse de leur utilisation a été compensée par une montée des usages des paiements par carte et par mobile durant la dernière décennie. De nouvelles formes de paiement transitant par des registres distribués font également leur apparition, bien qu’elles restent encore très marginales dans le mix total.

La majorité des paiements transitant par des solutions numériques en zone euro est cependant opérée par des acteurs non européens. Cette situation pose des problèmes en matière de souveraineté, ce à quoi l’euro numérique de détail, mais aussi les solutions de tokenisation des paiements en Europe, ambitionnent de répondre. L’AFTE accueille favorablement cette initiative, à condition qu’elle intègre les attentes des entreprises, telles que :

  • Une réduction des frais de transaction : les réseaux de cartes internationaux étrangers font usage de leur position dominante pour imposer des frais complexes et élevés au commerçants, qui, n’ayant pas de contact direct avec eux, n’ont pas la possibilité de négocier. Un euro numérique (pour les particuliers) et des jetons de paiement en euro (pour les entreprises) peu coûteux aideraient à rééquilibrer cette relation.
  • La mise à disposition d’un instrument de paiement paneuropéen souverain : les systèmes nationaux (CB, Girocard...) n’étant pas interopérables, il n'existe actuellement aucune solution européenne de paiement numérique fonctionnant dans toute la zone euro. L’euro numérique pourrait y contribuer, aux côtés des « wallets » et des jetons de paiement.
  • Se réapproprier les données des paiements par mobile : en s’intégrant dans des portefeuilles numériques européens (wallet) comme Wero, les entreprises pourraient bénéficier d'une gouvernance des données de paiement mobile hébergée et régie en Europe (RGPD) plutôt que dépendante des géants étrangers.
  • Diversité des moyens de paiement pour le client : l’émergence d’une nouvelle forme de paiement, en phase avec les évolutions des habitudes de consommation, est une bonne nouvelle à long terme, à condition que son intégration ne soit pas trop complexe pour les entreprises.

Le cours légal prévu sur l’euro numérique obligera de facto les entreprises à l’utiliser. Étant des acteurs essentiels du tissu économique, leur voix doit être entendue. Elles sont particulièrement attachées au levier potentiel que peut représenter cet instrument dans la relation avec certains acteurs non-européens dominants du monde des paiements et invitent à ce titre les décideurs politiques à s’en saisir.

L’émergence des moyens de paiement sur des registres distribués

En parallèle, l’AFTE est aussi attentive aux développements des infrastructures de paiement prenant place sur des registres distribués (dont la blockchain est la forme la plus connue), qui vont de pair avec une numérisation toujours plus poussée des échanges. Si l’euro numérique de détail, dans sa forme actuelle, n’est pas destiné à traiter de telles transactions, c’est cependant le cas de l’euro numérique de gros, des jetons de monnaie électronique (stablecoins en anglais) et des dépôts bancaires tokenisés.

Les paiements dans l’économie réelle utilisant ces instruments sont encore marginaux mais sont appelés à croître dans les prochaines années en raison de l’efficacité de la technologie sous-jacente. Elle porte en effet la promesse de transactions plus rapides, plus transparentes et moins coûteuses qu’avec les infrastructures traditionnelles. L’AFTE identifie les cas d’usage suivants pour les entreprises :

  • Améliorer les transferts transfrontaliers : certaines routes de paiement internationales sont encore coûteuses et lentes en raison de divers contrôles comme ceux des banques correspondantes. Les instruments de paiement tokenisés, qui fonctionnent sur une infrastructure disponible en continu et ouvrent la voie à des règlements immédiats, peuvent ainsi améliorer l’efficacité des paiements internationaux et faciliter une gestion plus optimisée des liquidités entre les centres mondiaux d’un groupe.
  • Régler des transactions sur actifs tokenisés : à mesure que les bénéfices des registres distribués se font connaître, de plus en plus de produits circuleront dessus (actions, obligations, OPCVM, NEUCP…). Il sera alors important de disposer d’actifs de règlement tokenisés fiables pour réaliser les transactions correspondantes.
  • Se couvrir dans certaines devises volatiles : dans les pays dotés d’une devise volatile, les jetons de monnaie électronique permettent aux filiales et aux sociétés locales de convertir leur cash en euro ou en dollar, afin d’en préserver la valeur et d’ainsi assurer la continuité des paiements internationaux. Il faut toutefois s’appuyer sur une infrastructure réglementée et tenir compte du cadre local en matière de changes et de transferts de capitaux.

Ces cas d’usage sont accueillis favorablement par l’AFTE car ils répondent à des frictions rencontrées par les entreprises dans certaines de leurs opérations quotidiennes. L’association appelle cependant à la vigilance sur plusieurs points, qui doivent absolument être considérés afin de tirer le meilleur profit de la technologie :

  • Respect des cadres légaux : les instruments de règlement tokenisés sont seulement des outils au service du transfert des liquidités. Ils n’exemptent en aucun cas du respect des réglementations locales, quelles que soient les juridictions concernées. Les diligences habituelles portant sur l’intégrité, la solidité et la fiabilité des prestataires de service doivent aussi être appliquées.
  • Interopérabilité : les entreprises ont une position globalement neutre quant à la nature de l’actif utilisé (à partir du moment où sa fiabilité est assurée), sous réserve que celui-ci soit standardisé, fongible et surtout interopérable, c’est-à-dire aisément transférable entre différents acteurs et infrastructures. Le risque est sinon de voir la liquidité se fragmenter, empêchant les effets de réseaux et l’émergence d’une solution à même de concurrencer les acteurs dominants.
  • Limiter la complexité pour les entreprises : l’émergence de nouveaux instruments de paiement risque d’obliger les entreprises à se doter d’une infrastructure parallèle aux systèmes actuels, comprenant de nouveaux intermédiaires pour acquérir des jetons, de wallets pour les stocker, de nouveaux risques à analyser, de nouveaux cadres juridiques à respecter… Il est pour cela attendu que les prestataires de service développent une offre complète à destination des entreprises.
  • Adopter une approche européenne : les discussions sur les standards d’interopérabilité doivent à minima prendre place au niveau européen afin d’éviter une fragmentation de la liquidité, qui empêcherait l’émergence d’une solution à même de concurrencer les acteurs dominants non-européens et renforcerait l’exposition des entreprises européennes au risque de change en dollar.

Que ce soit à travers l’euro numérique de détail ou les solutions de paiement tokenisés, il est indéniable que les paiements évoluent et deviennent de plus en plus numérisés. L’aspect programmable et divisible des monnaies nativement numériques offre également des perspectives intéressantes à l’heure de l’essor des agents d’intelligence artificielle, qui sont des systèmes d’IA capables d’interagir de façon autonome. Elle leur met à disposition une monnaie qui peut être utilisée en suivant des règles prédéfinies et sans avoir recours à une intervention humaine.

L’AFTE accompagne ces évolutions et participe activement à leur démocratisation en partageant son expertise. Elle rappelle néanmoins son attachement au principe de vigilance : la recherche de performance potentielle ne doit jamais primer sur la sécurité et la liquidité dans la gestion de trésorerie.