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TID 2026 : découvrez les échanges qui ont marqué l'évènement

avril 2026
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Auguste Grignon Dumoulin
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Ouvert à tous

L'évènement dédié à l'innovation dans la trésorerie d'entreprise, organisé par la commission « Innovations et solutions numériques » de l'AFTE, s'est tenu le 24 mars 2026. Les stablecoins, les applications concrètes de l'intelligence artificielle et les risques que font peser les attaques cyber ont figuré au cœur des échanges.

L’actualité a beau être mouvementée, elle n’empêche pas les trésoriers de garder un œil sur les évolutions technologiques. Le 24 mars, près de 500 professionnels de la trésorerie ont franchi les portes du pavillon Dauphine pour assister à l’édition 2026 du Treasury Innovation Day organisé par l’AFTE. L’occasion pour les participants d’étoffer leurs connaissances sur trois sujets : l’intelligence artificielle, la tokenisation et la cybersécurité.

Un fil conducteur s’est ressenti au long de la journée : la transition vers une trésorerie instantanée. La combinaison des technologies blockchain et de l’intelligence artificielle ouvre la voie à cette possibilité ; la première permettant des transferts en continu et sans contrainte horaire bancaire, tandis que la seconde analyse automatiquement les supports de placement les plus adaptés via des agents IA. Il en résulte la possibilité d’optimiser le placement de ses liquidités (en conditionnant le tout à une validation humaine).

Les stablecoins bientôt « dans le quotidien des trésoriers »

Cet idéal théorique devra néanmoins s’appuyer sur des monnaies numériques, comme les stablecoins, qui circulent nativement sur la blockchain et profitent de ses avantages. Il s’agissait là d’un des sujets phares de l’évènement. « On a dépassé le buzz [sur les monnaies numériques], a insisté Nicolas Cailly, responsable mondial du cash management à BNP Paribas. Il y a eu des progrès importants sur les paiements transfrontaliers ces dernières années mais des frictions persistent. Or, des solutions comme les stablecoins permettent désormais d’aboutir à du vrai temps réel. Nous sommes persuadés qu’elles s’intègreront à l’avenir dans le quotidien du trésorier. »

Plusieurs cas d’usage ont été cités pour ces outils, tels que la gestion mondiale sans contrainte horaire des liquidités d’un groupe, une meilleure gestion du risque de change et de liquidité via la conversion de devises volatiles sur un stablecoin, le suivi amélioré des transactions importantes ou encore la possibilité de placer sa trésorerie en temps réel. Il a également été précisé qu’un cadre règlementaire européen existait depuis maintenant deux ans et imposait des exigences aux émetteurs de jetons.

Si les stablecoins promettent monts et merveilles, quelques rappels ont néanmoins été formulés. Tout d’abord, ils ne restent que des outils au service du transfert des liquidités. A ce titre, les stablecoins n’exemptent pas du respect des obligations légales locales. Leur utilisation pour des situations de cash trap dans des pays émergents est donc difficilement envisageable, les stablecoins se heurtant aux barrières règlementaires sur place. D’autres solutions légales sont toutefois envisageables, à l’instar d’Ebury qui était présent à TID et propose un rachat des devises locales (moyennant une décote) par un réseau d’entreprises partenaires présent sur place.

L’IA passe à l’action

Avec ce TID 2026, l’intelligence artificielle est quant à elle passée du discours à l’action. Graziella Saint-Denis, cash manager groupe à Autodistribution, est montée sur scène pour montrer son utilisation de l’outil IA de prévisions de trésorerie de Kyriba. Ce dernier est en mesure de modéliser les impacts prévisionnels de différents scénarios sur le cash, de détecter des anomalies ou encore d’alerter sur certains risques. Il nécessite néanmoins un entraînement basé sur un historique de données et un calibrage précis de la demande. Mais pas de quoi décourager les trésoriers, dont l’engouement pouvait se mesurer à la sortie de la session.

D’autres utilisations de l’IA ont été évoquées au long de la journée : prévisions futures des expositions de change par Diapason, améliorations des systèmes d’attaque et de défense en matière de fraude selon la Caisse des Dépôts ou encore une présentation par SoAPI de l’utilisation combinée de l’IA générative et des API… De quoi donner des idées d’application aux trésoriers.

Face à l'engouement, une mise en garde a toutefois été apportée par Muriel Touaty, Partner Education et Innovation à OnePoint, qui a rappelé l’importance d’échapper au mimétisme suscité par les IA génératives. « Les compétences douces - comme la lecture, l’écriture, l’oralité - sont importantes : ce sont elles qui font bouger notre esprit. Elles feront la différence lorsque tout le monde tirera ses compétences de l’intelligence artificielle », a-t-elle insisté.

Une vigilance accrue face aux risques cybers

Enfin, le dernier grand thème de cette journée était la cybersécurité. Les attaques informatiques sont devenues un véritable fléau pour les entreprises, l’exemple de Land Rover Jaguar en septembre 2025 étant particulièrement frappant : l’entreprise a dû mettre à l’arrêt la production dans toutes ses usines pendant près de deux mois, impactant ses fournisseurs et causant environ 2 milliard de livres sterling de pertes. Le gouvernement a dû intervenir pour sauver le constructeur en accordant une garantie de prêt de 1,5 milliard de livres sterling.

La menace cyber et les mesures à prendre ne concernent cependant pas seulement l’entreprise : il faut considérer l’ensemble de la chaîne de production. « Les attaques sur la chaîne de production représentent la majorité des cas d’attaque. Le niveau de résilience cyber est assez élevé en France, elles se concentrent donc sur les maillons faibles de la chaîne à l’échelle mondiale, que ce soient les clients ou les fournisseurs », a indiqué Odile Duthil, directrice cybersécurité de la Caisse des dépôts.

Parmi les autres types de menace cyber, on note aussi la hausse des cas de fraude par manipulation (fraude au président, conseiller bancaire etc…). Ces fraudes touchent directement les collaborateurs de l’entreprise, qui sont souvent identifiés comme les maillons faibles. Et ce d’autant plus depuis l’entrée en vigueur de la vérification du bénéficiaire d’un virement le 9 octobre 2025 qui a renforcé la sécurité des virements bancaires et pousse les fraudeurs à se rabattre sur les défaillances humaines. « La première chose à faire est de sensibiliser les collaborateurs à ce type de fraude. Il faut expliquer comment repérer une fraude au président ou une campagne de phishing », a conseillé Odile Duthil. Tous les profils sont concernés car, sous l’effet de la pression de l’urgence, même les collaborateurs les plus avertis peuvent être pris au piège.

La commission « Lutte contre la fraude financière » de l’AFTE a d’ailleurs publié une fiche technique sur la fraude financière en 2025. Elle contient des conseils pratiques immédiatement applicables en cas de fraude avérée, mais aussi des points à surveiller, des processus à mettre en place ou encore des actions de sensibilisation à entreprendre pour mieux se protéger. Elle est disponible ici.

L'AFTE et la commission « Innovations et solutions numériques » remercient chaleureusement tous ceux ayant participé à cette journée centrée autour de l'innovation en trésorerie. D'autres évènements sont prévus d'ici au prochain TID en 2027, donc n'hésitez pas à y prendre part et à adhérer à la commission !