Crise du Coronavirus et liquidité des entreprises

mars 2020 | AFTE

L’AFTE réunit des trésoriers, en conférence téléphonique, pour suivre leur évaluation de la liquidité de leurs entreprises et des sources de financement.

Quotidiennement les informations échangées sont partagées avec l'ensemble des acteurs du marché de la liquidité court terme.

Ces partages d’informations concrètes sont précieux pour :

  • Rassurer les trésoriers eux-mêmes qui développent des approches concertées, en dehors de tout mouvement de panique,

  • Dialoguer avec les pouvoirs publics soucieux d’apporter des réponses et d’assurer le financement nécessaire en période de crise,

  • Dialoguer avec toutes les parties prenantes : banques, BPI France, agences de notations, associations de Place…

  • Répondre aux interrogations des médias et donc du grand public.

La synthèse ci-dessous sera donc mise à jour régulièrement pour apporter une information utile à tous.

 

Mise à jour du vendredi 3 avril

Hier, la BCE aurait racheté environ 3 milliards d'EUR de dettes CT (marché français 70 milliards d'EUR).

En Allemagne, la banque centrale semble avoir encore plus de difficultés à être opérationnelle sur le marché CT où elle encore absente à ce jour.

Attentes des entreprises :

- Pouvoir renouveler les tombées d'échéance d'avril : si la Banque de France n'est présente que sur les gros émetteurs bien notés, il faudrait que les acteurs habituels, dont les asset managers reviennent sur le marché NEU CP. Ceux-ci se positionneront sur des maturités courtes.

- Transparence, via les dealers, sur l'éligibilité des programmes, sur les motifs de non éligibilité (montant, maturité, notation ?)

- Données de marché et statistiques habituellement mises à disposition par la Banque de France. Il n'y a plus de données mises à jour depuis le 27/3.

- Révision rapide par les instances décisionnaires des critères de notation pour l'éligibilité au "programme urgence pandémie" de la BCE, des entreprises, comme cela a été fait pour la Grèce : reconnaissance de la notation Fiben, des notations des agences européennes agréées par l'ESMA telles que Scope Rating et Qivalio, active sur la notation des programme NEU CP.

 

Mise à jour du jeudi 2 avril

Des réponses peuvent être apportées aux questions de la veille.

La Banque de France privilégie les gros tickets de plusieurs centaines de millions sur des maturités d'au moins 6 mois.

Le marché du NEU CP est encore quasi-inexistant pour les petits émetteurs, très inquiets.

 

Mise à jour du mercredi 1 avril

Un peu d'activité sur des grands noms pour le marché CT

Les émetteurs s'interrogent sur les critères d'intérêt de la Banque de France pour les achats de NEU CP :

- taille des tickets ?

- maturités : 3 mois, 6 mois, 1 an ?

- préférence pour certaines échéances dans le mois ?

- secteurs d'activité ?

- prise en compte d'une garantie bancaire ?

L’AFTE s'est rapprochée des principaux assets managers de la place pour identifier les tendances sur le marché monétaire et sur les achats de ces fonds. Voici les conclusions et recommandations :

  • La BCE est présente sur le marché du CP. Elle achète à la "best execution". Quelques gros tickets, mais très peu d’élus depuis vendredi 27/3.

  • Sur les prochaines semaines, des positionnements courts, à 1 ou 2 semaines, devraient faciliter le placement du papier corporate auprès des assets managers. Ils restent prudents en gardant de grosses poches de liquidités car ils ont peu de visibilité.

  • La décollecte est observée sur les fonds. Les entreprises ont fait des rachats pour avoir de la liquidité, créant un cercle vicieux. Pour l’équilibre du marché il faudrait que les entreprises replacent dans les fonds et n’en sortent pas massivement.

  • L’objectif de la BCE est bien d’agir sur le marché pour stabiliser les prix.

  • Le marché risque de se fragmenter entre notés/non notés et investment grade ou non.

  • Les prix affichés ne sont pas déterminants, pour émettre, quand on n'est pas éligible auprès de la Banque de France, il est préférable de faire des maturités courtes, sans dégrader nécessairement les prix.

 

Mise à jour du mardi 31 mars

La journée de lundi a été particulièrement catastrophique pour les émetteurs qui ont de gros besoins de liquidités et n'ont rien pu placer.

Ce mardi a été un peu plus actif avec des achats ciblés de la Banque de France.

Pour les non notés pas les 4 grandes agences, il est vivement recommandé d'émettre des NEU CP sur des durées courtes pour être souscrit par les fonds/asset managers (1 à 2 semaines, 1 mois maximum).

En parallèle les discussions avec la Banque de France progressent sur la simplification. L'égibilité qui reste très cadrée par des règles européennes, contradictoires avec la volonté de contrer l'hégémonie des agences de notation américaines. Cf. ci-dessous.

Les entreprises émettrices et les dealers ont besoin d’une réponse précise de la Banque de France (BdF) à chaque envoi de « term sheet transactionnel » :

  • Accord de la BdF qui rachète, Le programme est donc éligible.

  • Refus de la BdF pour non éligibilité du programme,

  • Refus de la BdF pour prix non satisfaisant malgré l'éligibilité du programme

 

La procédure a été mise à jour :

https://www.afte.com/eligibilite-des-titres-neu-cp-entreprises-au-programme-bce

Certains programmes de NEU CP notés par Qivalio à un niveau supérieur ou égal à CQS 3 ne sont donc pas éligibles au CSPP (Corporate Sector Purchase Programme). Il est étonnant  que Qivalio, seule agence de notation financière française agréée par l’ESMA, n’entre pas dans le dispositif « ECAF » de l’Eurosystème (où seules sont admises trois agences américaines et une agence allemande).

Cette situation est extrêmement pénalisante pour les clients émetteurs français qui ont joué le jeu  (promu un temps par les instances européennes) et font confiance à des agences alternatives pour noter leurs programmes de NEU CP.

 

Mise à jour du lundi 30 mars :

la Banque de France, l'ACI et l'AFTE ont travaillé tout le week-end pour préciser et simplifier la procédure d'éligibilité et de rachat des NEU CP par la Banque de France.

 

Mise à jour du vendredi 27 mars :

Des échanges avec la Banque de France ont permis de clarifier partiellement le mode opératoire du CSPP (Corporate Sector Purchase Programme) pour le marché des NEU CP.

Retrouvez le détail sur : https://www.afte.com/eligibilite-des-titres-neu-cp-entreprises-au-programme-bce

Les émetteurs devront remplir un "term sheet" sous format excel en deux volets (ou plus si plusieurs émissions souhaitées) :

- le programme

- l'ISIN, pour la demande individuelle d'émission

Seuls les émetteurs notés par une des 4 grandes agences de notation (Standard & Poors, Moody's, Fitch et DBRS) seront éligibles.

Il reste des questions en suspens sur les volumes rachetés par la Banque de France, sur les devises, l'intervention sur le marché secondaire...

Sur une trentaine d'émetteurs réguliers NEU CP, seulement 1/3 ont pu émettre ces derniers jours, à des prix dégradés de 5 à 40 points de base selon les noms.

Sur les 2/3 restants, une large moitié teste régulièrement le marché NEU CP sans pouvoir émettre. Les autres attendent une réouverture du marché ou les dates de renouvellement de leurs échéances.

L'inquiétude grandit, et pour le moment, l'action de la Banque de France n'est pas de nature à rassurer les entreprises qui ont cruellement besoin de ces financements court terme.

 

Mise à jour du jeudi 26 mars :

Une réduction des délais de paiement pour certains secteurs est une fausse bonne idée ; notamment parce qu'elle est inopérante en cas d'utilisation du factoring.

Les ETI s'inquiètent de la baisse de facturation qui aura des conséquences sur le cash futur via les programmes de factoring ou via les encaissements directement.

Les entreprises sont prêtes à jouer le jeu du respect des délais de paiement pour ne pas pénaliser les fournisseurs, mais une pression s'exerce côté clients, en particulier clients italiens et espagnols.

Il est crucial que les assureurs-crédit ne réduisent ni ne suppriment les lignes de garantie pendant cette période compliquée.

 

Mise à jour du mercredi 25 mars : Plusieurs entreprises ont pu émettre des NEU CP (3 et 6 mois et 364 jours), mais à des conditions qu'elles jugent "dégradées". Des entreprises notées dans une catégorie non "investment grade", en revanche, n'ont toujours pas pu émettre. 

La Banque de France n'est pas encore en mesure de faire des rachats de papier. A suivre.

La situation de liquidité risque de se tendre pour certaines entreprises dont le cash diminue de jour en jour.

 

Trésoriers d'ETI : téléchargez les modalités pratiques pour bénéficier du prêt garanti par l'Etat :

https://www.afte.com/eti-demarches-pour-beneficier-dun-pret-garanti-par-letat

 

Aide de l’Etat français pour un montant d’environ 300 milliards d’euros :

Liste des mesures : https://www.economie.gouv.fr/coronavirus-soutien-entreprises

Prêt garanti par l’État - Quelles démarches pour en bénéficier ? : https://www.economie.gouv.fr/files/files/PDF/2020/dp-covid-pret-garanti.pdf

 

Bpifrance : 

Mesures exceptionnelles de soutien aux entreprises : https://www.bpifrance.fr/A-la-une/Actualites/Coronavirus-Bpifrance-active-des-mesures-exceptionnelles-de-soutien-aux-entreprises-49113

 

Tendances de marché - mise à jour du 23 mars 2020 :

Une relative sérénité à court terme car les entreprises ont encore du cash disponible, en revanche elles attendent avec impatience l’action BCE/Banque de France ce mercredi 25 mars, pour retrouver l’accès à la liquidité, car elles vivent sur leur réserves…

 

Plusieurs sondent le marché chaque jour.

Inquiétude sur les programmes de titrisation en raison de l’incertitude sur les facturations  venir.

Dialogue constructif avec les banques. Soutien des banques très apprécié.

Intentions de discuter rapidement avec les agences de notation.

 

On constate que le marché du NEU CP est à l’arrêt pour les entreprises. Elles ne peuvent plus émettre ni renouveler leurs positions depuis le milieu de la semaine dernière, depuis un peu plus longtemps pour certaines, ceci même en y décalant le prix.

 

Heureusement, globalement les entreprises ont du cash; elles ont de la visibilité sur les flux à l'encaissement (surveillance accrue car des baisses d'encaissement vont forcément survenir). Ceci permet de ne pas avoir un mouvement général de panique pour sortir des placements ou tirer les lignes bancaires.

Une partie des entreprises passe ce cap de plusieurs jours sans émissions.

Les autres qui n’ont pas pu accéder au marché du NEU CP et qui ont des besoins court terme ont utilisé une ou plusieurs des mesures suivantes :

  • Tirage sur les lignes RCF

  • Tirage sur des lignes bilatérales en attendant

  • Sorties de fonds monétaires

  • Rachats de DAT (dépôts à terme), avec annulation de sortie si d’ici là le marché du NEU CP se réouvre

  • Echanges avec les banques. Soutien des banques confirmé par les entreprises.

  • Echanges avec les agences de notation

 

Points d’attention des entreprises :

  • Besoin impératif et urgent de connaître les modalités de rachat des CP par la BCE -> des tombées importantes arrivent pour certaines entreprises entre avril et juin

  • Monitoring fin des prévisions de facturations, d’encaissements, des paiements…

  • Analyse poussée des programmes de titrisation qui vont être impactés par une baisse de la facturation

  • Analyse des autres possibilités de financement court terme, comme les cessions de créances

  • Des lignes bancaires en cours de négociation ne sont pas remises en cause mais les prix seront dégradés par rapport à aujourd’hui

  • Echanges avec les banques et les agences pour anticiper les situations selon des business plan avec des worse case scenario

  • Dollar : y-a-t il un problème de liquidité  ? (action de la FED)

  • Ecartement des spreads et remontée des taux

 

Rappels :

  • Les tribunaux sont fermés – procédures arrêtées

  • Importance de prendre contact avec ses banquiers 

  • Importance pour les entreprises qui ont du cash de payer les factures fournisseurs au plus tôt.

 

Semaine du 16 mars : le marché du NEU CP se ferme progressivement pour les entreprises. Elles ont de la liquidité mais elles attendent les modalités d’interventions des banques centrales sur les rachats de papier corporates.  Si le marché du court terme ne se remet pas en marche, cela menacera certains équilibres puisque cela oblige à puiser dans les liquidités et à utiliser du financement bancaire plus utilement attribué aux PME.

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