UBS ou le comique de répétition

Extrait du sommaire :
Let 284
10/2011
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  • UN POINT DE VUE SUR LES MARCHÉS : Dollar, euro et devises des émergents
  • ENTRETIEN : Laurence Maria, Responsable de la trésorerie, du refinancement et de l’ALM, Groupe Laser
  • DOSSIER : La gestion des excédents, un exercice d’équilibriste
  • ACTUALITÉS : Premiers impacts de la crise estivale sur les trésoreries
  • ACTUALITÉS : Pas de salut sans croissance

Editorial :

En faisant perdre à la banque UBS près de 2 milliards d’euros, le trader Kweku Adoboli est devenu aussi célèbre que Nick Leeson, Bernard Madoff et Jérôme Kerviel. Comment ? En traitant des opérations sur le marché des ETF (Exchange traded funds ou fonds indiciels cotés) et plus particulièrement le marché des ETF synthétiques. Il s’agit de produits indiciels cotés qui ont comme sous-jacents des dérivés d’indices et qui reposent sur un swap de rendement avec une contrepartie. Par construction,
le prix de l’ETF synthétique peut notablement diverger de celui du sous-jacent retenu non seulement en raison de l’évolution intrinsèque de chaque valeur qui le compose, mais également de celle du CDS (credit default swap) contracté pour se protéger contre le risque de contrepartie. Dés lors, l’ensemble de ces risques ne s’additionnent pas, ils se multiplient ! Comment est-il possible, qu’à trois ans d’intervalle, un scénario proche de celui vécu par la Société Générale ait pu se reproduire avec une telle ampleur ?
Pour la banque, quel constat établir ? Pour les trésoriers d’entreprise, quelles leçons en tirer ?

Côté UBS, le constat est triplement affligeant :
1/ Incohérence entre le discours et les actes : En effet, UBS déclarait à ses clients fortunés, le 27 juillet 2009, que «la nature à court terme des ETF synthétiques est contradictoire avec la philosophie à long terme que UBS recommande lorsqu’elle constitue le portefeuille de ses clients. »
2/ Pusillanimité du président du directoire : Oswald Grübel, président du directoire d’UBS, a reconnu être responsable mais pas coupable. Comme d’autres avant lui, il avait clairement et fermement annoncé son intention de rester à la présidence. Le
GIC, fonds souverain de Singa pour et actionnaire important d’UBS, en a finalement décidé autrement.
3/ Dysfonctionnement des organes de contrôle internes et externes :
Alors qu’on pensait que l’affaire Kerviel avait sonné le glas de toutes ces dérives, cet accident souligne encore une fois l’incapacité des commissaires aux comptes à relever les fraudes quand elles portent sur des instruments complexes. De même, le régulateur n’a manifestement pas les moyens de cerner convenablement les risques que ces produits font courir aux banques, à leurs actionnaires, à leurs clients.
D’où la question légitime : comment peut-on affirmer qu’aucune banque ne connaîtra plus jamais de pertes d’une telle ampleur ?
Côté entreprise, le trésorier peut au moins tirer trois leçons :
1/ Faire preuve de circonspection : Quand la banque propose un produit, le rôle du trésorier est de s’assurer de sa pertinence et de son intérêt pour l’entreprise, en s’appuyant sur toutes les compétences pour préconiser, à la direction financière, une décision argumentée.
2/ Privilégier la simplicité :
La banque n’hésite pas à développer des instruments dérivés complexes car plus la sophistication est poussée plus le revenu attendu est important. Mais sa liquidité est inversement proportionnelle à sa complexité. Ce qui pose forcément un problème lors de cotations marked to market ou de son dénouement.
3/ Demeurer humble :
Il n’y a pas de honte à dire qu’on ne donne pas suite car les risques du produit n’ont pas été totalement appréhendés. A cet égard, si de nombreuses collectivités locales se sont laissées berner par des banquiers peu scrupuleux, elles le doivent en grande partie à la méconnaissance de l’instrument proposé et à la tentation irrépressible de traiter coûte que coûte le « produit tendance ».
Trois ans à peine après l’affaire Kerviel, cet accident jette une grave suspicion sur les chartes de bonnes pratiques mises en place récemment par les banques pour accentuer les contrôles et le suivi des opérations de marché. Du coup, les « corporates », actuellement très liquides, n’ont pu s’empêcher de coupler ces soupçons à la crise sur les papiers souverains. Ils ont donc renforcé l’analyse du risque de contrepartie, allant, pour leurs placements, jusqu’à adopter une attitude de défiance envers certaines banques.
Mais les organes de régulation auront-ils la volonté et surtout les moyens de prendre les mesures qui s’imposent pour que cessent enfin ces fraudes et que revienne la confiance ?

Philippe Messager
Président

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