Aujourd’hui, le thème de la liquidité est devenu un leitmotiv dans les débats économiques et financiers : liquidité des Etats, liquidité des banques, liquidité des entreprises. En effet, une position satisfaisante de liquidité procure à la fois visibilité, souplesse et sécurité. En outre, dans un environnement devenu très volatil, elle permet de faire face à toute échéance même imprévue. Bref, pour ne pas être liquidés soyons liquides !
Les grandes entreprises ont été les premières à en découvrir les vertus. Au début des années 2000, lors de l’éclatement de la bulle e-technologique, nombre d’entreprises ont été confrontées à de graves difficultés pour assurer la couverture de leurs échéances et franchir ces murs dits « de liquidité ». Les agences de notation avaient d’ailleurs anticipé une partie du problème, exigeant déjà des émetteurs de papier commercial des lignes de repli (back up). A l’issue de cette crise, elles renforcèrent leur contrôle sur cet agrégat en leur réclamant un reporting trimestriel.
La liquidité d’une entreprise se mesure au travers de deux composantes :
- la liquidité réelle (« cash + cash equivalent » au sens de la norme IAS 7) inscrite au bilan : il s’agit des disponibilités issues de l’exploitation, des produits de cessions, des émissions obligataires non consommées…
- la liquidité potentielle constituée des lignes bilatérales ou syndiquées supérieures à 1 an et non tirées pour lesquelles l’entreprise paye une commission d’engagement lui assurant un droit permanent de tirage.
Depuis cette crise, les grandes entreprises veillent à soigner leur situation de liquidité :
- liquidité réelle notamment par une gestion efficace du BFR et une concentration du cash ;
- liquidité potentielle par un renouvellement anticipé des lignes bancaires, et ce en dépit de commissions non négligeables, comparables à une prime d’assurance.
Les entreprises sont ainsi mieux armées pour affronter, avec sang-froid, tous les temps et toutes les mers.
D’après une étude menée par Natixis, sur 63 corporates parmi les plus grands européens (dont 27 français), en moyenne et par acteur, entre 2008 et 2010 le « cash + cash equivalent » s’est accru de 450 millions d’euros, les lignes confirmées non tirées de 350 millions d’euros et les échéances à moins d’un an ont diminué de 3 milliards d’euros. Globalement, pour ces entreprises, leur position de liquidité s’est donc améliorée en moyenne de 3,8 milliards d’euros sur la période.
Mais ces bas de laine, seuls les grands groupes peuvent se les constituer. Dans un rapport publié en 2009, le Conseil d’analyse économique constatait que plus de la moitié de la valeur ajoutée de la France est générée par les PME, structures dont la croissance repose en grande partie sur leur mode de financement. Mais les petites entreprises et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) n’ont aucun accès aux marchés de capitaux et voient l’essentiel de leurs besoins de financement assurés par leurs banques.
Compte tenu d’une part du renforcement de la réglementation (Bâle III) et d’autre part de leur forte exposition aux risques souverains, on peut craindre que les établissements bancaires distribuent avec encore plus de parcimonie les crédits nécessaires.
Très préoccupée par cette perspective peu encourageante, l’AFTE se doit de jouer un rôle moteur dans cette relation tripartite : banques / régulateur/ PMEETI afin de contribuer à l’élaboration des meilleures solutions pour ses adhérents.
Philippe Messager
Président