Jusqu’à ce funeste vendredi 13 janvier, la France bénéficiait - depuis le 25 juin 1975 - de la meilleure note possible attribuée de manière non sollicitée (mais est-il normal qu’un Etat accepte d’être noté de manière non sollicitée ?) par Standard & Poor’s : AAA.
Quelles sont les conséquences de cette dégradation pour la France et pour la zone euro ?
Si S&P fustige la France, l’agence admoneste d’abord la zone euro, et donc l’euro et ses dirigeants, puisqu’elle a dégradé simultanément d’un, voire deux crans, la note de neuf Etats de la zone. S&P adresse un message clair aux dirigeants politiques : « Les dégradations sont essentiellement guidées par notre évaluation des initiatives prises ces dernières semaines par les décideurs politiques européens, lesquelles pourraient être insuffisantes pour résoudre de façon totale les tensions systémiques en Europe. Nous croyons qu’un paquet de réformes ne reposant que sur le seul pilier de l’austérité budgétaire risque de devenir autodestructeur ». Autrement dit, les dix-sept pays qui composent la zone euro sont totalement solidaires. Ils doivent trouver rapidement, et ensemble, les solutions pour mettre un terme à la crise, en prenant soin de ne pas tuer la croissance, car cela pourrait avoir des conséquences économiques et donc politiques très graves. Il suffit de regarder en direction de la Grèce, où la cure d’austérité sans précédent se traduit par des manifestations nombreuses et violentes.
Qu’en est-il de la France, qui, depuis 1975, n’a plus présenté un budget à l’équilibre ? Notre pays souffre d’un laxisme budgétaire chronique qui fait que la dette est passée de moins de 20 % du PIB en 1981 à 87 % en 2011. Le rapport Pébereau, publié en 2005, n’a pas fait réagir nos dirigeants, eux qui pensaient que la note de la France constituait un bien inaltérable. C’est vrai que prendre les problèmes de la dette à bras le corps n’est pas chose aisée, surtout lorsque la croissance s’étiole, voire disparaît. Pour diminuer la dette, la voie est étroite entre plan de rigueur et politique de croissance.
Les conséquences de la décision de S&P se lisent à deux niveaux.
Pour la zone euro :
• Cette zone est désormais composée de quatre groupes de pays : vertueux, solides, en difficulté, « pourris ». Si on pondère la note de chacun de ses dix-sept Etats par le PIB généré au cours des douze derniers mois, la zone euro est notée en moyenne AA.
• L’Allemagne, seule à conserver son AAA stable, ne peut rester indifférente à la dégradation de la France, cela pour au moins deux raisons : elle est, avec notre pays, le garant essentiel du Fonds européen de stabilité financière ; la France est - encore ! - son premier partenaire commercial.
Pour la France :
• Paris a prévu d’emprunter 178 milliards d’euros en 2012. L’écart de taux avec Berlin conduit de fait à un surcoût d’intérêts de 2 milliards en année pleine.
• De nombreuses entités émettrices sont de fait dégradées (organismes publics et parapublics, entreprises détenues majoritairement par l’Etat, banques …) : en effet, aucun émetteur ne peut bénéficier d’une note meilleure que celle attribuée à l’Etat duquel il dépend.
• S&P a placé sous perspective négative la note de la France. Celle-ci a donc une chance sur trois au moins d’être à nouveau dégradée en 2012.
A ce stade, il nous semble qu’une urgence s’impose : faire évoluer la comptabilité publique. Il faut en effet abandonner la comptabilité budgétaire et privilégier la comptabilité d’exercice afin de mettre un terme à un régime de dépenses bien souvent inconsidérées puisqu’il faut absolument avoir dépensé le budget pour le voir au minimum reconduit !
Mais perdre son AAA n’est pas une fatalité. Des pays ont perdu la meilleure note, mais au prix de sacrifices et de rigueur ont réussi à la recouvrer : Danemark, Canada, Australie.... Cette reconquête nécessite du temps, de la persévérance, du courage. Devant l’ampleur de la tâche, souhaitons que nos hommes politiques n’en manquent pas. Il en va de la France mais aussi de l’euro, monnaie symbole par excellence.
L’AFTE