C’est pourtant évident

Extrait du sommaire :
Let 286
12/2011
lettre_122011.jpg



  • UN POINT DE VUE SUR LES MARCHÉS : Mille-feuille de « flous », ou comment passer du modèle à la conviction
  • ENTRETIEN : Jean-Luc Enguéhard, Président du directoire, La Banque Postale Asset Management, membre du collège de l’AMF
  • DOSSIER : Les Journées de l’AFTE en prise directe avec l’actualité
  • MÉTIER : Le profil du trésorier en 2011
  • MÉTIER : Plus de clarté et moins de souplesse dans la comptabilisation des engagements sociaux
  • COMPTABILITÉ : Les règles européennes sur les marchés financiers et de commodities
  • VIE ASSOCIATIVE : Entre cash management et indignés
  • ÉVÉNEMENT : Déflation, pétrole cher et manque de réglementation
  • ÉVÉNEMENT : L’AFTE fête ses trente-cinq ans

Editorial :

Personne ne devrait être surpris. C’est pourtant évident. Cet espace économique a un déficit budgétaire prévu en 2011 à 9,6 % au global, ce ratio ayant du mal à se rétablir après être passé de 2,7 % en 2007 à 12,8 % en 2009 ; son ratio de dette sur PIB n’a ainsi cessé de se dégrader en passant de 62,3% en 2007 à maintenant 100 % du PIB, un niveau jugé déraisonnable par beaucoup d’observateurs et non soutenable à moyen terme.

Son taux de chômage a par ailleurs cru de 4,6 % à 9,1 % entre 2007 et 2011 et son PNB a souffert avec une baisse de 3,5 % en 2009 puis une remontée faible à des niveaux laissant entrevoir aux plus pessimistes un scénario à la japonaise ; son système bancaire a connu sa pire crise depuis 1929, avec un total de 415 faillites depuis 2007.

Vous n’aviez pas réalisé que la situation était aussi dégradée, notamment en ce qui concerne le système bancaire ? C’est normal, c’est pourtant évident mais si contraire à l’avis unanime des marchés : cette description noire et ces chiffres ne concernent pas l’Europe mais les Etats-Unis.

Les marchés sont pourtant en ce moment en train d’exercer sur la zone euro la pression la plus importante jamais vue alors que la nouvelle totalement inimaginable il y a peu, à savoir la perte du AAA des Etats-Unis, n’est certes pas une bonne nouvelle pour l’Europe mais ne la concerne pas directement.

Dans cet environnement de faux-semblants, le trésorier doit rester vigilant face à la pensée aussi unique que parfois éphémère des marchés, en évitant de paniquer sur les sujets pointés unanimement et en s’inquiétant des risques que plus personne ne semble voir. Sa posture n’est pas forcement facile et elle doit être basée sur énormément d’analyse, de discernement, de réactivité et de courage. D’analyse et de discernement pour voir les choses manifestes que personne ne voit, de réactivité car les positions prises doivent en permanence être adaptées en temps réel pour éviter toute perte absolue ou d’opportunité, de courage enfin car il n’est jamais évident de devoir expliquer des choix à contre-courant (dans son entreprise ou en-dehors) en ayant la vision nécessaire pour résister au jugement que l’on aura sur la situation actuelle dans dix ans quand nos successeurs se diront, « C’était pourtant évident » - d’autant que les marchés ont toujours le dernier mot, même quand ils sont dans l’autoréalisation.

Dans ce contexte difficile, les trésoriers, et plus généralement les entreprises dont ils défendent les intérêts, devraient pouvoir compter sur le support de la puissance publique et réglementaire, laquelle de par les pouvoirs et la vision globale dont elle dispose, devrait être empreinte de ce dont les trésoriers ont cruellement besoin : de l’analyse et du discernement, de la réactivité et du courage.

Il n’est pas question de reprocher aux autorités européennes le coup de projecteur injuste dont elles sont victimes. En revanche, la liste des problèmes d’ordre réglementaire est malheureusement longue comme celle des créanciers de Lehman Brothers : le projet de réforme des agences de notation traite de problèmes annexes pour les entreprises (instaurer plus de concurrence entre agences) avec de mauvaises solutions (obligation de rotation, ratings indicatifs rendus compliqués) créant des problèmes plus sérieux encore. Cela vient après une longue liste de sujets sur lesquels il a été très difficile de faire entendre la voix des entreprises : dérivés, Solvabilité II, Bâle III, etc.

Par ailleurs, les vrais problèmes ne semblent pas ou peu traités : quid d’une réglementation sur les CDS, les dark pools, les fenêtres de communication des agences de notation, les charges de crédit dans les dérivés ?

Il est impératif que les remèdes à cette crise ne rajoutent pas de problèmes sur le dos des entreprises qui ne sont pour rien dans son éclatement, et qui, depuis 2007, ne cessent d’en subir les conséquences. Il est tout aussi impératif que les problèmes cruciaux soient réellement traités par les régulateurs. C’est pourtant évident !

Jean-Michel Thibaud,
Directeur de la publication


Consultez les catégories suivantes pour lire les articles similaires :